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Comment être bien pourvus en carburants et en combustibles, ainsi qu'en nourritures, malgré le changement climatique

Le Dr. Mae-Wan Ho rejette les solutions offertes par divers gouvernements et nous indique avec son style propre, comment survivre au changement climatique et à la crise énergétique.

Le texte original en anglais et les références sont accessibles sur le web par : https://www.i-sis.org.uk/HTBFAFRUCC.php

Les gouvernements tournent en rond pour appliquer la prochaine grande solution aux impasses climatiques et énergétiques

Le tarissement des combustibles et des carburants fossiles à bon marché d'une part, et l'écart qui se creuse rapidement entre l'offre et la demande de ces ressources d'autre part, ont placé nos gouvernements dans une situation périlleuse, dans un chaos pour la prochaine grande solution qu'il faut apporter. Tony Blair veut doter la Grande-Bretagne de plus d'énergie nucléaire et vous avez entendu à ce sujet le point de vue de Peter Saunders [lors du colloque Which Energy ? (“ Nuclear power: A leap into the dark energy chasm ”, dans cette série).

George W. Bush propose les biocarburants pour les Etats-Unis : l'éthanol à partir de maïs et de canne à sucre et, si tout va bien, à partir de la biomasse ligneuse, d'une part, et le biodiesel à partir de graines de plantes oléagineuses : soja, tournesol et lin, d'autre part (“ Biofuels for oil addicts ”, SiS 29). [ ¤ La version en français est intitulée “ Energie Des biocarburants pour les inconditionnels du pétrole - Quand la solution alternative est pire que la dépendance ”; elle sera accessible prochainement sur Internet.

Le slogan «  Une perspective d'un milliard de tonne  » a été lancé [1] pour rendre disponible 1,3 milliard de tonnes de biomasse sèche pour l'industrie des biocarburants vers le milieu de ce siècle, afin de fournir 30 pour cent de l'utilisation des carburants de ce pays. Cela s'accompagne de toutes sortes de prétentions optimistes, telles qu'une augmentation de cinquante pour cent des rendements des plantes cultivées.

L'Europe a également défini un objectif de 5,75 pour cent de carburant pour les transports de l'Union Européenne sous forme de biocarburants d'ici à 2010, avec une progression s'élevant jusqu'à 8 pour cent en 2015.

Le secteur des biocarburants est en train de naître en Grande-Bretagne : la première installation de transformation pour produire des biocarburants, d'une capacité de 250.000 millions de tonnes, est en voie d'achèvement dans les sables côtiers de Middlebrough, sur le littoral Nord-Est de l'Angleterre ; elle utilisera des plantes oléagineuses [2].

Les biocarburants, obtenus à partir de plantes cultivées comme sources d'énergie, nous apportent de bien mauvaises nouvelles

Les biocarburants obtenus à partir de plantes cultivées comme source d'énergie, nous apportent de bien mauvaises nouvelles, comme notre étude sur l'énergie l'explique clairement. ( https://www.i-sis.org.uk/ISIS_energy_review_exec_sum.pdf ). Pour être bref et résumer le sujet : il n'y a pas assez de terres pour cultiver les plantes destinées à satisfaire nos besoins énergétiques et les plantes vivrières devant fournir nos aliments. La pression sur les surfaces agricoles utiles va accélérer les déboisements et causer d'énormes augmentations des émissions de carbone : ainsi les biocarburants ne seront pas aussi neutres vis-à-vis du carbone qu'on le prétend. Les plantes à usages énergétiques vont détruire la biodiversité et accélérer le réchauffement planétaire et provoquer l'extinction d'espèces végétales.

Mais avant tout, les biocarburants vont menacer la sécurité alimentaire des états les plus pauvres et font augmenter les prix des denrées alimentaires de tous les pays puisque la nourriture et l'énergie vont se concurrencer sur le même terrain. Les plantes pour les biocarburants ne s'inscrivent pas dans un contexte soutenable, car elles épuisent des minéraux du sol et réduisent la fertilité du sol, particulièrement sur le long terme. Elles donnent généralement des bilans énergétiques faibles ou négatifs si l'on procède à une analyse correcte des cycles vitaux. Les déchets des traitements nécessaires ont des impacts négatifs substantiels sur l'environnement. Et bien que le biodiesel soit plus propre que le diesel, ce n'est pas le cas de l' éthanol  : il produit des agents mutagènes et carcinogènes et il augmente les taux d'ozone dans l'atmosphère.

Au niveau global, il n'y a pas de terres disponibles pour les plantes cultivées comme sources d'énergie

Les calculs, basés sur le scénario le plus favorable, prévoient, de manière irréaliste, des rendements plus élevés et une récupération importante de biocarburants après les traitements industriels, indiquent qu'il faudrait 121 pour cent de toutes les surfaces agricoles utiles des Etats-Unis pour cultiver assez de biomasse pour se substituer aux carburants fossiles cultivés chaque année [3].

L'objectif de l'Union Européenne d'une substitution de 5,75 pour cent des carburants et combustibles fossiles, exigera au moins 14 à 19 pour cent de terres agricoles qui devraient être réservées aux plantes pour la filière énergétique [4].

Il n'y aura aucune mise en réserve [jachères] pour protéger normalement la biodiversité, comme c'est le cas avec seulement 12 pour cent des champs dans l'Union Européenne. Ainsi, que vont devenir nos papillons, nos oiseaux et nos abeilles ?

Les dernières données, obtenues par les satellites, indiquent que 40 pour cent de la surface émergée de la terre sont déjà consacrés à l'agriculture [5], que ce soit pour les plantes récoltées pour notre alimentation ou pour des surfaces réservées aux pâturages. Il n'y a aucune terre disponible pour les besoins croissants en nourriture et encore moins pour les plantes de la filière énergétique.

Les biocarburants et les déboisements

Greenpeace a photographié une vue aérienne terrifiante des vastes bandes de la forêt amazonienne, au Brésil, qui sont dégagées pour permettre la culture du soja. Un échantillon des informations données dans la presse, nous indique que les choses s'aggravent de plus en plus.

Fred Pearce a écrit dans la revue New Scientist de novembre 2005 que [6] : «  Depuis les réserves naturelles pour la protection des orangs-outans à Bornéo jusque vers l'Amazonie brésilienne, la forêt vierge est en train d'être rasée pour permettre des cultures qui serviront à produire de l'huile de palme et du soja, destinés pour remplir les réservoirs des voitures et à alimenter les centrales électriques en Europe et Amérique du Nord. Et l'augmentation des prix [des combustibles fossiles] va probablement accélérer ces destructions . »

«  L'expansion de la production d'huile de palme est l'une des causes principales de la destruction des forêts tropicales dans Sud-est asiatique  » nous signale Simon Counsell, de la direction de la Fondation pour les forêts humides tropicales, qui est basée au Royaume-Uni.

George Monbiot a cité, dans un article paru dans The Guardian en décembre 2005, le rapport des 'Amis de la terre' qui indique qu'entre 1985 et 2000, le développement des plantations du palmier à huile est responsable de 87 pour cent environ du déboisement en Malaisie. En Indonésie, dans l'île de Sumatra et à Bornéo, 4 millions de hectares de forêts ont été perdus au profit des exploitations de palmiers ; et maintenant il est prévu que 6 millions d'hectares supplémentaires soient programmés pour le déboisement en Malaisie et 16.5 millions d'hectares en Indonésie [7]. Ces forêts sont le domaine des peuplements des orangs-outans, des rhinocéros de Sumatra, des tigres, des gibbons, des tapirs, des singes Proboscis et de milliers d'autres espèces, qui pourraient disparaître à jamais. Des milliers d'habitants, parmi des populations autochtones, ont été expulsés et 500 furent torturés alors qu'ils essayaient de résister. La région entière est transformée en un colossal gisement d'huile végétale.

Les biocarburants et la flambée des prix des denrées alimentaires

La confédération des industries alimentaires et des boissons de l'Union Européenne a déjà exprimé ses inquiétudes au sujet des augmentations des prix pour des ingrédients alimentaires, et particulièrement pour les graines de colza [8]. Les prix de l'huile de colza ont récemment augmenté de 45 pour cent et il est prévu que la demande au sein de l'Union Européenne progresse de 25 pour cent. Il est pronostiqué que les prix des céréales vont également augmenter.

Aux Etats-Unis, des quantités énormes de maïs sont destinées à la production d'éthanol et le maïs ainsi que l'éthanol sont tous deux fortement subventionnés, à la fois au niveau fédéral et mais aussi dans chaque état. Le coût total au niveau du consommateur est estimé à 8.4 milliards de $ par année, parce que la production requiert des quantités de maïs, ce qui provoque une augmentation des prix du maïs. On estime que la production d'éthanol va être responsable d'un coût supplémentaire d'un milliard qui va s'ajouter, par voie de conséquence, au coût de production de la viande de boeuf [3]. L'année dernière, la remise par le gouvernement d'un $ par gallon de biodiesel a pris effet.

Les éleveurs de bétail des USA sont susceptibles de voir encore des prix plus élevés du fait de plus faibles approvisionnements en grains disponibles pour l'alimentation animale [9].

Actuellement 11 pour cent de la récolte de maïs aux USA vont à la production d'éthanol et 15 pour cent sont exportés vers des éleveurs de bétail dans des pays aussi lointains que le Japon et la Corée du Sud.

L'opérateur négociant en grains ADM va construire sa première usine de biodiesel, avec ses fonds propres, dans l'état de Dakota du Nord, aux Etats-Unis, afin de profiter pleinement des subventions multiples : cela va rendre les choses plus difficiles pour des fermiers, agriculteurs, pour les consommateurs et pour l'environnement, et sans fournir une vraie solution au changement climatique et à la crise énergétique.

Alors, quelle serait la vraie solution ?

Il existe plein de solutions pour résoudre à la fois les problèmes climatiques et les problèmes énergétiques

Il y a beaucoup de solutions dans le domaine des énergies renouvelables qui sont vraiment soutenables, comme cela a été décrit dans notre rapport ISIS sur l'énergie.

L'énergie solaire, par exemple, devient chaque jour meilleur marché, plus souple et plus efficace. Les besoins énergétiques du monde peuvent être satisfaits avec des panneaux solaires qui, même avec une faible efficacité de l'ordre de 10 pour cent, couvriraient seulement 0.1 pour cent de la surface de la terre. Ils peuvent être incorporés aux structures d'habitation existantes et ils constituent une solution idéale pour de petites installations locales [10].

Je voudrais concentrer mon propos sur l'énergie des déchets organiques, qui a d'énormes potentiels, non seulement en termes d'énergie qui peut être récupérée, mais également pour réduire des émissions de carbone. La solution ne passe pas par l' incinération des déchets, dont le gouvernement de Blair est un ardent défenseur, car elle n'est pas une bonne solution [11].

En premier lieu, il faut citer la digestion en anaérobiose pour récupérer du biogaz qui est constitué, à 60 pour cent ou plus, de méthane qui peut être employé de la même manière que le gaz naturel.

La digestion en anaérobiose des déchets organiques est utilisable pour produire une source d'énergie vraiment renouvelable et pour atténuer les émissions de carbone

La digestion en anaérobiose présente de nombreux avantages : elle a le potentiel de fournir 11,7 pour cent de tous les besoins énergétiques, ou 50,2 pour cent des carburants pour les transports au Royaume-Uni.

Le méthane peut être employé comme carburant pour les véhicules automobiles ou pour la production combinée de chaleur et d'électricité.

Des véhicules fonctionnant au méthane sont déjà sur le marché et ils sont de loin les véhicules les plus propres sur la route, remportant la palme des voitures vertes au cours de l'année 2005 [12].

On dénombre en Suède des milliers de ces véhicules fonctionnant au méthane, et qui sont desservis par des centaines de stations d'approvisionnement en carburant, dont un grand nombre sont alimentées à partir du biogaz produit localement.

Le méthane du biogaz est un carburant renouvelable et qui limite les émissions de carbone ; il est plus que neutre vis-à-vis de ce dernier. Il épargne les émissions de carbone à deux niveaux ; tout d'abord en empêchant les émissions dans l'atmosphère du méthane et du protoxyde d'azote qui sont des gaz à effet de serre puissants et, d'autre part, en remplaçant les combustibles et carburants fossiles.

La digestion en anaérobiose préserve les éléments nutritifs des plantes tels que l'azote et phosphore qui sont nécessaires pour une bonne productivité des sols. En fait, dans beaucoup de pays du tiers monde, on a commencé à employer la digestion en anaérobiose pour faire des engrais organiques de bonne qualit pour les cultures, avant que cette technique ne serve à produire du méthane qui est utilisable comme ressource énergétique.

La digestion en anaérobiose empêche la pollution des eaux souterraines, du sol et de l'air avec les nitrates, le méthane, le protoxyde d'azote et d'autres contaminants. Elle améliore l'hygiène alimentaire et au niveau de la ferme ; elle s'est montrée utile pour détruire des bactéries pathogènes.

Elle peut être adaptée pour produire de l'hydrogène soit directement, soit à partir du méthane. Et lorsque la recherche et le développement des piles à combustibles et des cellules de stockage de l'hydrogène seront plus avancés, , la digestion en anaérobiose pourra y être facilement intégrée.

Il existe dans le Somerset, en Grande-Bretagne, une société, Organic Power Ltd dirigée par Chris Maltin, qui produit son propre méthane de biogaz pour alimenter des véhicules Mercédés fonctionnant au méthane pour le transport des voyageurs (“ Organic waste-powered cars ”, SiS 30).

Au Royaume-Uni, la digestion en anaérobiose des déchets organiques peut fournir 11,7 pour cent des besoins énergétiques et peut éviter au moins 15,8 pour cent d'émissions de carbone

Voici les calculs qui démontrent comment les déchets biologiques du Royaume-Uni peuvent potentiellement fournir plus que la moitié (50.3 pour cent) des carburants pour les transports et 11.7 pour cent de toute l'énergie consommée dans le pays.

Le Royaume-Uni produit 434 millions de tonnes de déchets solides chaque année, dont 25,5 millions de déchets solides municipaux et 62,143 millions de tonnes de déchets provenant des activités commerciales et industrielles ; tous ces déchets organiques peuvent être soumis à une digestion en anaérobiose. Ces chiffres sont extraits d'un rapport rédigé pour l'Office des statistiques nationales et édité en janvier 2005 [13].

A partir des statistiques de la FAO [14], j'ai vérifié que la production agricole totale du Royaume-Uni en 2005 était de 41,6915 millions de tonnes, en comptant les céréales, les fruits, les légumineuses, les légumes, le colza oléagineux, la betterave à sucre, les pommes de terre et les champignons. Supposant que les déchets constituent cinquante pour cent de la récolte, c'est-à-dire des 41,6915 millions de tonnes mentionnées, le montant total des déchets organiques qui peuvent être traités dans des digesteurs en anaérobiose est de 129,3345 millions de tonnes : ce chiffre inclut des matières de base à haut rendement telles que les graisses et les produits lipidiques, les surplus de la panification, les reliefs des repas, les ensilages d'herbes, les déchets verts et les produits de taille, ainsi que les résidus des brasseries, produisant [selon les cas] entre 961 et 120 mètres cubes de méthane par tonne [15].

Il y avait en plus en 2005, dans tout le Royaume-Uni, 11,887 millions de bovins, 43,851 millions de moutons, 7,719 millions de porcs et 128,261 millions de volailles [16]. Selon les évaluations de la production de fumier par genre d'animal d'élevage, données dans le rapport remis à l'Office des statistiques nationales, tous ces animaux produisent 208,685 millions de tonnes de fumiers et lisiers [13]. Les différentes sources de matières organiques d'origine animale produisent de 25 à 80 mètres cubes de méthane par tonne de matières [15].

Prenant une moyenne prudente de 200 mètres cubes pour les déchets organiques et de 30 mètres cubes pour les fumiers et lisiers, nous obtenons assez de matières pour produire 1.285 PJ (10 15 J) d'énergie à partir du méthane chaque année. Toute l'énergie consommée au Royaume-Uni en 2005 était 10.670 PJ, dont 3.643 PJ étaient constitués par les carburants pour les transports [17].

Ainsi, le méthane des déchets divers peut potentiellement assurer 11,7 pour cent des besoins totaux en énergie du Royaume-Uni, ou encore 50,3 pour cent de carburants pour les besoins des transports. C'est tout à fait remarquable.

Les émissions de carbone sauvées et épargnées sont bien plus étonnantes. Le volume total de méthane potentiellement fourni chaque année par les déchets organiques est de 32.070 millions de mètres cubes.

Tablant sur un potentiel de chauffage global de 22, c'est l'équivalent de 508 millions de tonnes de gaz carbonique, soit encore 90,6 pour cent des émissions nationales totales qui sont de 561 millions de tonnes[16] !

La même quantité de méthane, remplaçant les combustibles et carburants fossiles et s'y substituant, épargnerait 88.8 millions de tonnes d'émissions de gaz carbonique, soit 15,8 pour cent de façon plus parlante. Ces chiffres nous suggèrent que nous avons sérieusement sous-estimé les gaz à effet de serre émis par les montagnes des déchets organiques produits dans ce pays, qui là comme ailleurs dans les autres pays, finissent dans des décharges. Par ailleurs, cette réduction du méthane émis peut contribuer, pour une quantité extraordinaire, à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Des algues vertes sont utilisables pour séquestrer le carbone et pour produire un biocarburant vraiment soutenable 

Un tableau de données compilées par le journal The Guardian, a montré que les cinq plus grands pollueurs du Royaume-Uni sont toutes les centrales électriques qui émettent à elles seules plus de gaz carbonique que les véhicules de toutes sortes dans tout le pays. [18]. Le groupe EON UK, le producteur d'électricité qui possède Powergen , l'une des plus grandes sociétés britanniques, a émis en 2005 26,4 millions de tonnes de gaz carbonique, soit légèrement plus qu'un pays comme la Croatie.

Les cinq grands opérateurs du secteur de l'électricité ( EON UK, RWE Npower, Drax, Corus et EDF ) ont produit ensemble plus de 100 millions de tonnes de CO2, alors que tous les 26 millions de véhicules automobiles du pays réunis, en produisent 91 millions de tonnes.

Une autre grande solution considérée par le gouvernement britannique est la séquestration et le stockage du carbone. Littéralement, c'est un processus qui consiste à capturer le gaz carbonique qui s'échappe des grandes centrales électriques et à le stocker profondément sous terre. Cette méthode est mal choisie et peu économique puisque même le ministère de l'énergie des Etats Unis ne semble ne pas la favoriser [19]. Quelle est alors la bonne alternative ?

Effectivement des algues se développent sans problème majeur dans les gaz échappement qui sont émis lors de la production d'électricité [dans les centrales thermiques] (voir l'article “ Green algae for carbon capture & biodisel ”, SiS 30). [La version en français, intitulée ” Energie – Des algues vertes utilisables pour la séquestration du carbone et pour la production de biocarburant ” sera prochainement disponible sur Internet.

Des espèces d'algues appropriées peuvent 'éponger', ou fixer 40 pour cent du gaz carbonique et 86 pour cent du protoxyde d'azote, lorsqu'elles sont installées dans le milieu des échappements gazeux où elles se développent à merveille. Quelques espèces peuvent rapporter jusqu'à 50 pour cent de leur masse pondérale en huile et il est possible de prélever jusqu'à 15.000 gallons de biodiesel par acre et par an, par opposition aux 60 gallons que l'on peut extraire à partir d'un acre de culture de soja.

Mettons en synergie toutes les technologies appropriées

Comment pouvons-nous associer et assembler toutes ces technologies pour assurer notre sécurité alimentaire et même être bien pourvus en produits alimentaires et en ressources énergétiques ? Nous ne pouvons pas dépendre de l'énergie importée ; nous ne pouvons ne pas non plus dépendre des importations pour notre nourriture. Toutes les prévisions nous indiquent que le réchauffement planétaire aura un impact négatif sur la production de produits alimentaires, en particulier du fait que l'eau intervient à ces deux niveaux [20] (voir l'article “ Sustainable food system for sustainable development SiS 27). [La version en français intitulée “ Agriculture - Un système de production alimentaire soutenable pour un développement durable ” est accessible sur le site Internet suivant : www.indsp.org/SFSSSDfr.php ]

Pour aggraver encore la situation, la mondialisation du commerce des produits alimentaires utilise beaucoup d'énergie pour les transports des denrées vivrières et elle répand des tonnes supplémentaires de carbone qui est émis dans l'atmosphère.

Les coûts sociaux, environnementaux et économiques des transports de nourritures au Royaume-Uni, estimés dans un rapport commissionné par l'organisation DEFRA , se sont élevés à 9 milliard de £ par an, ou encore à 34 pour cent de toute la valeur représentée par le secteur de l'alimentation [21] (“ Food miles and sustainability ”). C'est une raison suffisante pour être autonome en aliments et pour ne consommer que de la nourriture produite localement. Cela constitue un avantage sanitaire, c'est plus nutritif en matière d'alimentation et de santé ; de plus, cela économise de l'énergie et épargne des émissions de carbone.

Il en va de même pour l'énergie. L'utilisation d'énergie sur le site même de sa transformation a une efficacité énergétique de seulement 69 pour cent, alors que la chaleur qui est dissipée en pure perte, peut être employée dans la mise en œuvre de la co-génération, pour la production combinée et simultanée de chaleur et d'électricité : cela évite également la perte d'énergie qui résulte du transfert de l'électricité sur le réseau de distribution électrique ; la perte en ligne est estimée à 7.4 pour cent [22].

La version 1 de la Ferme Visionnaire qui vise l'autosuffisance en énergie et en nourritures

Les choses se mettent naturellement bout à bout, selon l'idée du système exposé par le Professeur George Chan, qui intègre à la fois la production d'aliments et la gestion des déchets , comme je l'ai décrit dans une étude sur le sujet [23] (“ Dream farms ”, SiS 27) ; [ ¤ La version en français, intitulée “ La ferme visionnaire – Une proposition : Comment faire face au changement climatique et imaginer l'économie après la fin des combustibles et carburants fossiles ” est accessible sur les sites suivants :https://www.i-sis.org.uk/DreamFarm2fr.php et www.apreis.org/actu_vf.html ]

«  Des fermes qui produisent en abondance sans aucun impact ni aucune émission de gaz à effet de serre, grâce au travail de petits organismes dévoreurs de déchets et de la créativité et de l'ingéniosité de la part des humains concernés  ». C'était une grande chance de recevoir le Professeur George Chan à Londres pour sa communication (voir “ Complete recycling of all resources for sustainability ”, texte édité dans cette même série).

Dans la ferme de George, que j'appelle Dream Farm I, la Ferme Visionnaire 1 , le digesteur en anaérobiose est la technologie principale. Vous pouvez avoir deux, trois digesteurs, ou plus, en série ou en parallèle. L'anaérobiose accepte les fumiers et lisiers des animaux d'élevage plus les eaux usées et des bactéries, qui existent naturellement dans les déchets, fermentent ces pertes et produisent du biogaz : ce dernier couvre tous les besoins énergétiques pour le chauffage, la cuisine et l'électricité.

L'eau usagée, partiellement nettoyée et épurée, entre dans le digesteur aérobie , dans des bassins peu profonds où les algues vertes produisent par la photosynthèse tout oxygène requis pour détoxifier l'eau, la rendant conforme avant qu'elle n'entre dans des bassins d'aquaculture. Les algues sont récoltées pour alimenter des poulets, des canards, des oies et toutes sortes d'autres animaux d'élevage. Les bassins aux poissons supportent un mélange de 5-6 espèces de poissons qui sont compatibles entre eux. L'eau de ces bassins d'aquaculture est alors employée pour fertiliser des cultures végétales qui se développent dans les terrains au champ ou sur des digues surélevées.

L' aquaculture du riz, des fruits, des légumes et des fleurs peut être faite sur des flotteurs à la surface des bassins à poissons, en cultures hydroponiques , évitant ainsi le travail épuisant que requiert le sarclage, et l'irrigation des cultures en terre. L'eau des bassins peut également être pompée et envoyée dans des serres de culture pour alimenter la culture et la production de fruits et de légumes ; là, les éléments fertilisants et nutritifs sont assimilés par les plantes et l'eau ainsi traitée naturellement peut retourner aux couches aquifères . Le digesteur en anaérobiose produit un résidu riche en éléments fertilisants qui sont excellents pour les cultures. Il peut également être mélangé à des algues et à des résidus de récolte pour cultiver des champignons comestibles , après stérilisation à la vapeur. Les résidus résultant de la culture des champignons peuvent être donnés au bétail ou bien être mis au compost .

Les déchets et les résidus des plantes cultivées sont donnés en retour aux animaux d'élevage. Les détritus des récoltes et les déchets domestiques sont employés pour faire un élevage de vers de terre pour alimenter les poissons et la volaille. Les matières provenant du compostage et de la lombriculture vont servir comme amendement pour conditionner le sol. Les fumiers et lisiers des animaux d'élevage vont de nouveau dans le digesteur, ainsi la fermentation en anaérobiose reprend son grand cycle. Le résultat est une ferme hautement productive qui est plus qu'autosuffisante pour la fourniture de nourriture et d'énergie, ainsi qu'une économie substantielle des émissions de carbone .

Le bien-être animal est la règle dans les fermes de George et les animaux y sont heureux. Ils sont nourris avec des aliments de l'agriculture biologique ; ils sont également dressés pour déposer leurs excréments dans un endroit réservé à cela et ceux-ci sont évacués vers le digesteur : ainsi les animaux et leur lieu de vie sont propres et impeccables.

Un autre aspect qu'il est intéressant de souligner, réside dans le fait que, lors des périodes d'inondations, ou au contraire de pénuries d'eau, les bassins d'aquaculture qui sont intégrés dans la Ferme Visionnaire I, sont très importants pour la gestion de l'eau : ils contribuent à la conservation, à la purification et dans le contrôle des inondations . Du fait que les digues sont établies au-dessus du niveau des terres environnantes, à l'aide de la boue creusée pour réaliser les bassins, ces bassins d'aquaculture peuvent s'adapter à de fortes précipitations ou à de grands débits d'eau sans débordements ni inondations ; par contre, ils fournissent un réservoir d'eau efficace en période de la pénurie d'eau. L'aquaculture qui est pratiquée à la surface des bassins contribue également à la réduction des pertes d'eau par évaporation.

Et puis ensuite : la version 2 de la Ferme visionnaire

A partir de la Ferme Visionnaire 1, nous avons proposé d'établir une version 2 de la Ferme Visionnaire [24] à des fins éducatives et de démonstration, ainsi que pour les besoins de la recherche (voir l'article “ Dream Farm II, how to beat climate change and post-fossil fuel economy ”, SiS 29). [ ¤ La version en français, intitulée “ La ferme visionnaire – Une proposition - Comment faire face au changement climatique et imaginer l'économie après la fin des combustibles et carburants fossiles ” ; elle est accessible sur les sites suivants : www.indsp.org/pdf/DreamFarm-2-FR et www.apreis.org/actu_vf.html

Cette version 2 de la Ferme Visionnaire doit servir d'incubateur pour les nouvelles technologies, de nouvelles conceptions et idées, ainsi que comme un lieu d'échange d'information, de soutenir de vraies fermes de ce type qui peuvent prendre naissance partout dans nos campagnes et ailleurs dans le monde. De telles fermes intégrées peuvent fournir les écoles voisines, les maisons de personnes âgées, les cités et les villes aux alentours avec des nourritures saines et fraîches, produites tout au long de l'année, en réduisant considérablement leurs énormes empreintes écologiques , et contribuent également à revitaliser l'économie rurale.

Les éléments additionnels du dispositif correspondent tous à des formes d' énergies renouvelables appropriées à la génération locale d'énergie, à une petite ou moyenne échelle.

Panneaux solaires, turbines éoliennes convenablement dimensionnées et améliorées avec une conception plus esthétique. Les animaux d'élevage, les poissons et les plantes cultivées seront basés, autant que possible, sur des espèces indigènes et des variétés locales ; cela constitue une opportunité pour la Grande-Bretagne [et les autres pays également concernés] pour récupérer son riche héritage de la biodiversité naturelle et agricole qui a été décimée par des décennies d'agriculture industrielle. Cela favoriserait la cuisine locale et restaurerait des régimes diététiques sains pour le pays. Jimmie Oliver serait enthousiaste avec ce genre de ferme, qui pourrait héberger sur place un restaurant gastronomique ainsi qu'un laboratoire analytique.

Notre approche et notre objectif sont d'arriver à ce genre de ferme ou d'exploitation agricole en service, à la mise en oeuvre des technologies de base, tandis que d'autres technologies nouvelles et plus innovantes seront intégrées ou substituées à la périphérie du dispositif, au cours du temps, y compris des technologies relatives à l'exploitation de l' hydrogène , ainsi que la séquestration , ou la capture de carbone en utilisant des cultures d'algues dans le milieu d'échappement des gaz produits par un générateur combiné de chaleur et d'électricité : le système permettrait d'obtenir du biodiesel à partir des algues .

Les possibilités sont illimitées. L'abandon des carburants et des combustibles fossiles nous donneront non seulement une planète plus verte et plus saine, mais il va nous offrir une occasion de libérer et de mettre à profit notre créativité, ainsi que de maîtriser des formes d'énergies qui fonctionnent et qui sont bonnes pour les populations et pour la planète.

La Ferme visionnaire et le nouveau paradigme

La Ferme Visionnaire est également la démonstration concrète d'un nouveau paradigme qui est à l'oeuvre.

Les caractéristiques importantes des systèmes définis par les notions de 'zéro-émission' et 'zéro-déchet' sont les mêmes que celles du modèle 'zéro-entropie' des organismes vivants et des systèmes soutenables que j'ai proposé pour la première fois en 1998 dans mon livre, The Rainbow and the Worm, the Physics of Organisms .

Le modèle 'zéro-entropie' prédit un développement et une croissance équilibrés par opposition au modèle dominant d'une croissance infinie et non soutenable. L'alternative au modèle dominant n'est certainement pas une fin de la croissance [ou une décroissance ], comme trop de critiques le prédisent ou le préconisent.

A la place de cela, la clef de la survie et de la prospérité des organismes vivants, est identique à celle qui permet à un système d'être soutenable et durable. Cela implique des rapports de réciprocité , de coopérations et de mise en synergie maximum, plutôt que des rapports basés sur la compétition concurrentielle ; elle consiste à employer les déchets d'un cycle donné pour alimenter d'autres. On obtient ainsi la fermeture, le bouclage du grand cycle intégrateur d'une manière équilibrée. Dans le contexte précis de la Ferme Visionnaire, cela consiste à transformer des ' déchets ' en ressources.

Dans le modèle dominant, le système se développe implacablement, avalant goulûment les ressources terrestres sans limites et sans fin, éparpillant les déchets de toutes sortes un peu partout sur son chemin, comme le ferait un ouragan. Il n'y a aucun cycle qui soit fermé, afin de maintenir et de conserver les ressources en son sein, puis d'installer et d'animer des structures sociales stables ou organisées de manière écologique.

A l'opposé de cela, le type de système soutenable est un cycle vital fermé et bouclé, qui est disposé et prêt pour croître et se développer, pour concevoir et mettre en place des structures et les perpétuer, ce qui n'est rien d'autre, après tout, que la soutenabilité et la durabilité [voir ces mots dans les compléments in fine à Développement durable ]. La fermeture d'un cycle crée une structure stable et autonome qui se maintient et qui se renouvelle. En d'autres termes, le cycle est autonome et autosuffisant .

Plus le cycle global contient de cycles élémentaires en son sein, et plus ces derniers réussissent et sont prospères, comme cela se passe dans le cas d'une ferme intégrée minimale qui comprend des exploitants agricoles, des animaux d'élevage et des plantes cultivées.

Le cycle peut ainsi se perpétuer en l'état ou bien il peut croître et se développer en incorporant davantage de cycles vitaux, plus d'espèces cultivées, une meilleure productivité, plus de travailleurs sur le site et plus d'emplois offerts. La capacité d'un morceau de terrain donné de supporter une présence et des activités, - la charge supportable par ce terrain -, n'est nullement une constante généralisable ; elle peut être dix fois plus productive, selon la façon dont elle est organisée.

C'est également pourquoi la productivité et la biodiversité vont toujours de pair. La monoculture industrielle, au contraire, est moins efficiente énergétiquement, en termes de produits à la sortie par unité d'intrants à l'entrée ; elle est moins productive en terme absolu, en dépit du niveau très élevé des intrants qui y sont introduits, comme cela a été démontré récemment par des recherches et des études scientifiques.

La biodiversité est la voie naturelle qui maximise les relations symbiotiques et de réciprocité, qui maintient le tout et qui permet à l'ensemble de bien fonctionner. C'est la leçon que nous devons en tirer, afin d'adopter et d'opérer un glissement de paradigme vers une vie merveilleuse, sans plus faire appel aux combustibles et aux carburants fossiles.

Cet article est basé sur la présentation du Dr. Mae-Wan Ho lors de la Conférence inaugurale du séminaire Which Energy? , qui s'est tenue le 25 mai 2006 en Grande-Bretagne, à la Chambre des Communes de Londres.

Article first published 27/06/06


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