Le texte original en anglais et les références sont accessibles sur le web par : https://www.i-sis.org.uk/MON810GenomeRearranged.php
L'instabilité des lignées transgéniques n'est pas vraiment nouvelle, mais c'est une chose qui est trop rarement signalée, comme étant le secret le mieux gardé concernant les plantes modifiées génétiquement (voir l'article The Best Kept Secret of GM Crops [1].
Nous l'avions nous-mêmes omise dans le paragraphe final d'une publication technique d'ISIS en 2003, qui rapportait de nouveaux signes d'instabilité dans un maïs transgénique qui avait été cultivé depuis 1995 à des fins commerciales.
Des chercheurs de l'Institut de Biologie Moléculaire de Barcelone, en Espagne, ont analysé le maïs MON810 comme matériel de référence certifié ( Certified Reference Material = CRM en anglais) obtenu auprès de l'Institut des matériaux et mesures de référence ( Institute for Reference Materials and Measurements = IRMM ) de la Commission Européenne et à l'aide d'une méthode de réaction en chaîne par polymérase ou PCR , qui fait appel à la technique la plus sensible et la plus sophistiquée actuellement disponible et commercialisée par la société Fluka de Buchs, en Suisse [2].
Ces chercheurs ont constaté que l' insert transgénique , ou transgène inséré, s'était remanié et probablement déplacé de nouveau, à partir de sa signalisation initiale remontant à un an, lorsque le maïs MON810, avec au moins 5 autres lignées étudiées, avaient montré des réarrangements qui ne correspondaient plus aux cartes génétiques fournies par les entreprises concernées [3-5] (Transgenic Lines Proven Instable, SiS 20; Unstable Transgenic Lines Illegal, SiS 21).
Ces premières découvertes [3-5] étaient si graves que, j'avais écrit le 28 novembre 2003 au Dr William Moens, chef du Service de Biosécurité et de Biotechnologie ( Service of Biosafety and Biotechnology = SBB ), de l'Institut Scientifique de Santé Publique en Grande Bretagne ( Scientific Institute of Public Health =ISP ), qui avait antérieurement signalé l'un des deux différents ensembles de données sur les inserts transgéniques et j'ai posé à ce moment deux questions importantes [6]:
"Tout d'abord, il apparaît à la fois des incohérences majeures et d'autres mineures entre les résultats rapportés par votre institut et celles rapportées par les laboratoires français. Cela pourrait-il être dû à des problèmes méthodologiques ou à cause des différents échantillons de la même lignée transgénique qui fut soumise à l'analyse? Dans ce dernier cas, on serait tenté de croire que les lignées transgéniques ne sont pas seulement instables (voir ci-dessous), mais qu'elles sont également non uniformes. En d'autres termes, ces lignées ne satisfont pas aux tests DHS ( Distinction, Homogénéité, Stabilité), une épreuve qui, je crois, est exigée par le droit européen [pour une variété commerciale].
"Ensuite, la nouvelle directive européenne 2001/18/CE requièrt spécifiquement, comme une condition pour l'autorisation de mise en marché, que la stabilité génétique soit indiquée par des données moléculaires qui documentent la spécificité de l'évènement concerné (annexe III B). Compte tenu de la constatation que pratiquement tous les inserts transgéniques ont été remaniés depuis les indications fournies dans le dossier de l'entreprise, tout semble indiquer que les lignées transgéniques n'ont pas satisfait au test de la stabilité génétique et que ces lignées ne sont donc plus les mêmes que celles sur lesquelles les risques avait été évalués et, dans certains cas, que celles qui ont été mises sur le marché.
"Pour l'une ou l'autre de ces raisons, il semble illégal, en vertu du droit européen, d'accorder une autorisation pour ces lignées transgéniques commerciales, d'une part, et que les lignées qui avaient été autorisées auparavant, devaient maintenant être retirées du marché, d'autre part."
La réponse du Dr Moens me parvint deux jours plus tard. Elle dit ceci [7]:
"Je vous remercie beaucoup pour votre e-mail et les données connexes. Les experts du Conseil de Biosécurité belge sont très occupés par l'évaluation à la hâte de tous ces éléments. Votre adresse e-mail et vos informations ont été transmises pour un examen plus approfondi.
"Il ne fait aucun doute que les résultats de ces analyses seront traitées de façon transparente dans des délais qui ne sont pas encore définies. (sic)
Je peux vous garantir que je vais vous tenir informée au sujet de nos conclusions, si cela est légalement possible."
Je n'ai plus jamais entendu parler du Dr. Moens ou de quelqu'un d'autre du Service britannique de Biosécurité et de Biotechnologie ( CBB ).
En décembre 2007, j'ai renvoyé mon message et la réponse du Dr.Moens pour lui rappeler que j'étais toujours en attente de ses informations, mais je n'ai rien reçu jusqu'à présent. The reason seems to be that our regulators have allowed the companies to submit new data, and probably even new certified reference materials, in order to justify continued market approval, which is still illegal . La raison semble être que nos organismes de réglementation ont permis aux sociétés de soumettre de nouvelles données et probablement même de nouveaux matériels certifiés de référence, afin de justifier la poursuite de la vente, qui est toujours illégale .
La mise en évidence, faite par des chercheurs espagnols, souligne à quel point une lignée transgénique pouvait être instable. Plus précisément, l'équipe espagnole en question a caractérisé la région 3' de l'insert transgénique (la queue) et elle a constaté que celle-ci ne se trouvait plus dans la séquence terminale longue répétée (en anglais LTR ) de l'agrégat du gène de l'alpha zéine, présent dans le génome du maïs, comme il avait été signalé antérieurement [3-5].
En outre, ils n'ont réussi à obtenir aucun produit par la technique PCR du génome du maïs sauvage, qui correspond à l'endroit auquel l'insert transgénique s'était positionné. Cela est révélateur d'un brouillage substantiel au niveau du site d'insertion du transgène dans le MON810 ; il y a par ailleurs d'autres signes qui indiquent que d'autres séquences génétiques ont été supprimées en comparaison avec l'insert d'origine.
Récemment, des chercheurs du Centre de recherche en toxicologie industrielle, basé à Marg Lucknow en Inde, ont par ailleurs analysé l'insert transgénique du MON810 en utilisant des amorces multiples de PCR et ils sont arrivés à la même conclusion [8]: leurs résultats « confirment l'instabilité structurelle des cassettes transgéniques du MON810 ».
Contrairement à ce qu'annonce Monsanto : le gène nptII est absent dans le MON810, les chercheurs trouvent toujours la présence de nptII, ainsi que celle du gène Tnos dans leur échantillon. Cette incohérence a déjà été relevée précédemment [5].
Une autre équipe de chercheurs à l'Université de Florence, en Italie, vient de publier le résultat de leur caractérisation du site d'insertion 3' chez le maïs MON810 [9]. Ils ont identifié des séquences brouillées qui appartiennent à l' ubiquitine ligase E3 HECT du maïs. Ils ont découvert plusieurs nouveaux ARN messagers, qui correspondent à des protéines de fusion du gène tronqué Cry1Ab et des séquences l'uibiquitine ligase, Les incidences de ces séquences en matière de sûreté sont totalement inconnues.
Au cours des dix dernières années au moins, j'ai été à la recherche de preuves crédibles montrant qu'une lignée transgénique était bien stable et je n'en ai trouvé aucune. Cela reste vrai jusqu'à aujourd'hui. Un insert transgénique n'est pas la même chose qu'un morceau d'ADN naturel. L'ADN transgénique a des caractéristiques qui la rendent un peu comme un comportement du type "balle perdue" (ou loose cannon), même après que cet ADN ait été inséré dans un génome : il peut sauter ailleurs dans le même génome, brouillant le génome sur son passage, ou il peut encore s'insérer dans le génome d'une autre cellule et y causer les mêmes dégâts imprévisibles [10 ] ] ( Horizontal Gene Transfer from GMOs Does Happen , SiS 38) ; pire encore, cet ADN transgénique peut activer les gènes du cancer avec son promoteur qui s'emballe et qui rend le transgène super actif et hors de contrôle.
Article first published 11/03/08
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