Science in Society Archive

OGM : Promotion d'un “Biopharming” dangereux au Canada et dans le Tiers Monde

Professeur Joe Cummins, I.S.P.

18 Février 2003

L' ISP = “Independent Science Panel” ou “Jury pour une science indépendante”, est constitué d'un ensemble de scientifiques impliqués dans de nombreuses disciplines et qui sont engagés dans la Promotion de la Science pour le Bien Public. Pour lire l'objet statutaire de l'ISP, tapez ici

Note : les nombres entre parenthèses (..) renvoient aux références bibliographiques qui sont données à la fin de ce texte.

Le “ Biopharming ” consiste en l'utilisation de plantes transgéniques contenant des gènes humains ou en provenance d'autres animaux, dans le but de produire des protéines de grande valeur à usage pharmaceutique ou des vaccins à un bas prix de revient.

Le “Biopharming” a été promu par les universités, les sociétés industrielles de biotechnologie, et en particulier par les gouvernements des Etats-Unis et du Canada, sans grande préoccupation des conséquences de la contamination des pools de gènes des plantes cultivées, avec des gènes qui présentent des effets secondaires très toxiques sur la santé humaine, des animaux d'élevage et de la faune dans son ensemble.

La production de plantes à usages pharmaceutiques a été développée et des agriculteurs ont été recrutés pour participer à la production en plein champ de plantes à haute valeur ajoutée, mais sans grand souci des conséquences sur la pollution génétique des plantes cultivées à usage alimentaire.

Inévitablement, la production au champ a conduit à la détection d'au moins un exemple de pollution de plantes cultivées par un gène de synthèse d'une substance à usage pharmaceutique et de ses produits ; la catastrophe a été diffusée par Ho (1)

Les problèmes liés au « Biopharming » de plantes productrices de vaccins et de cytokines ont été rapportés par Cummins (2, 3, 4).

Toute culture destinée aux usages pharmaceutiques et implantée en plein champ doit être contrôlée prudemment en regard de la dispersion du pollen autour du site de culture, vers les plantes cultivées et les plantes sauvages qui leur ont biologiquement proches ; les eaux de surface et l'eau des nappes phréatiques doivent être contrôlées pour la présence éventuelle de ces protéines à usage pharmaceutique ; les poussières d'origine aérienne et les débris de plantes endommagées doivent être contrôlées également, mais il est clair que ce genre de contrôle a été négligé ou de pure forme. Les parcelles de culture doivent bien isolées des habitations humaines afin d'éviter des contacts fortuits conduisant à une exposition des êtres humains.

Même si la pollution d'une plante cultivée à la suite d'une dissémination au champ d'une culture à usage pharmaceutique aux Etats-Unis (l'espèce concernée était un maïs modifié avec un gène en vue d'un vaccin pour prévenir la diarrhée des porcs), a été rapportée largement à travers le monde, la plupart des canadiens ignoraient la mise au point et l'expérimentation en plein champ de cultures destinées à produire des substances à usage pharmaceutique. Les services officiels bureaucratiques maintiennent le secret sur les cultures de ce type et sur les localisations de leur expérimentation au champ, en qualifiant ces opérations d'informations commerciales confidentielles. Dans le même temps, un groupe industriel (Canadagriculture) lié à Agriculture Canada développait activement la production de plantes à usage pharmaceutique, à la fois au Canada et dans le Tiers Monde.

L'Institut Edmonds, à la recherche de parcelles sur des exploitations agricoles, dispensait récemment de gros efforts afin de solliciter des agriculteurs en vue de la production de cultures pour du « Biopharming » et promettait en retour des avantages financiers extraordinairement élevés aux participants (5).

Le site Web de Canadagriculture (6) a été mis à profit pour faire circuler l'information suivante : « Recherche : producteurs sous contrats … Mis en service 12/02/02. Contact: brian marshall ( agcan@molecularfarming.com ). Nous avons besoin de davantage de producteurs sous contrat pour compléter les 30.000 acres dont nous disposons déjà au Canada et dans notre base de données mondiales. Notre objectif est la production de molécules à partir de nouvelles plantes non alimentaires cultivées et sans danger pour l'environnement. Pour de plus amples informations, vous pouvez visiter le site http://www.molecularfarming.com/database.html

La base de données du « Biopharming » inclut les candidats pour la production de plantes à usage pharmaceutique : la liste recense un certain nombre de zones intéressantes pour ce genre de production, basées sur des critères d'isolement et de sécurité. Les offres comprennent les pays suivants : Zimbabwe, Pakistan, Panama, Roumanie, Tunisie, Indonésie et Guinée, parmi de nombreux autres pays. On note de nombreuses propositions au Canada, l'offre la plus intéressante étant 100 acres (Toronto). Ce n'est sûrement pas dans la zone urbaine de Toronto, que l'on peut raisonnablement escompter un isolement pour éviter des mises en contacts aléatoires avec des êtres humains et les millions d'habitants concernés pose le grave problème de la dissémination d'une pollution de substances à usage pharmaceutique.

Le Canada semble avoir perdu le sens des responsabilités envers la population humaine et assure avec insouciance la promotion des intérêts des industriels du secteur des produits pharmaceutiques. L'expérimentation actuelle et la production de plantes à usage pharmaceutique semblent perdus dans un « trou noir » bureaucratique et l'obtention d'informations véritables et sincères auprès de cette bureaucratie est un cauchemar. L'expérimentation et la production de colza génétiquement modifié pour produire de l' hirudine illustre bien le problème fondamental.

L'hirudine est un médicament anticoagulant obtenu à partir de sangsues ; il est capable de produire des hémorragies internes s'il est utilisé de façon inappropriée. Le gène pour la synthèse de l'hirudine de la sangsue a été employé pour créer un colza transgénique dans lequel la protéine active s'accumule dans les globules huileux des graines de colza (7).

Un article de Giddings et al (8) annonce que « le colza transgénique producteur d'hirudine est maintenant cultivé à une échelle commerciale au Canada par SemBioSys (Calgary, Canada) ». Ce commentaire était cité par des rédacteurs dans des publications de l'administration et dans des magazines agricoles, rapportant que des productions avaient commencé près de Kamloops, en Colombie britannique. J'ai commencé à écrire en janvier 2003 afin d'obtenir des informations concrètes sur la production d'hirudine au Canada.

Le Dr. Yarrow de l'Agence Canadienne pour l'Inspection de l'Alimentation s'exprimait ainsi : « Merci pour votre courriel et veuillez accepter mes excuses pour avoir tarder à vous répondre. La préoccupation qui vous avez soulevée est de grande importance et sera prise en considération activement. Nonobstant notre investigation, à notre connaissance, il n'y a pas de production commerciale d'hirudine dans l'environnement extérieur au Canada. Le CFIA (ou plus précisément l'AAFC à cette époque, avant la formation de l'Agence) avait autorisé des expérimentations de ce type à des fins de recherche et en milieu confiné, au milieu des années 90 mais qui n'ont pas été réalisées depuis. A notre connaissance, les candidats pour ces essais au champ n'ont pas continué leurs démarches de production, qui étaient caractérisées à ce moment comme des activités de démonstration du concept. Je vous adresserai un courrier électronique dès que j'aurai plus d'information concernant la source citée dans la presse ».

Le Dr. Yarrow a fait passé l'enquête au Dr. Finstad du CFIA qui a répondu en ces termes : « Merci pour votre message concernant la production commerciale d'hirudine chez le colza. Le Dr. Yarrow m'a demandé d'instruire cette réclamation. J'ai pu confirmé auprès de SemBioSys Genetics Inc qu'ils n'ont pas été engagés dans aucune production commerciale d'hirudine à partir de colza. L'information parue dans Nature Biotechnology 18:1151-1155 est incorrecte. Bien que SemBioSys ait bien conduit des expérimentations au champ, autorisées et en milieu confiné, avec ce genre de matériel végétal entre 1994 et 1997, ils n'ont pas poursuivi ce projet. La société est au courant de cette déclaration inexacte parue dans Nature Biotechnology et elle a publiquement confirmé que cette information n'était pas fondée. J'espère que ceci répond à votre préoccupation ».

Le CFIA n'a pas réellement donné de réponse à toutes mes questions car j'avais antérieurement et de façon répétée, demandé “où les expérimentations au champ avaient été conduites”. Au Canada, les parcelles d'essais au champ ne sont jamais confinées ; elles sont simplement entourées de cultures qui ne peuvent pas être pollinisées par le colza, pense-t on au CFIA. La localisation des champs d'essais pourrait être utile pour toute famille d'agriculteurs dont les membres auraient connu de malencontreuses hémorragies internes.

Finalement, Agriculture Canada et son petit département CFIA semblent être devenus totalement schizophrènes. Ils ont supporté la création et la dissémination de plantes alimentaires transgéniques de manière fidèle et fanatique ; ils ont fait de même avec les plantes transgéniques à effet pharmacologique.

Pourtant, la pollution génétique à partir des plantes transgéniques à usages pharmaceutiques va tuer le marché des plantes transgéniques alimentaires. La solution d'Agriculture Canada à ce problème fondamental semble être l'adoption d'une posture sournoise et cachottière en ce qui concerne l'évaluation et la production des plantes à usage pharmaceutique, et l'encouragement de cette production dangereuse dans des pays du Tiers Monde. Les bureaucrates canadiens semblent croire qu'un jeu de Ponzi génétiquement modifié est la solution au problème fondamental de la coexistence de plantes alimentaires transgéniques et de plantes transgéniques à usage pharmaceutique.

[Dans le jeu de Ponzi, les managers sortent de leur poche des dividendes à partir de la contribution des investisseurs dans le jeu ; normalement les managers arrêtent le jeu avant que le subterfuge ne soit découvert]. Dans le jeu de Ponzi transgénique, les participants pourraient avoir à payer des coûts élevés à ceux auxquels ils auront porté préjudice.

Références bibliographiques

  1. Ho, M.W. “Pharmegeddon, Science in Society 2003, 17, 23-24 https://www.i-sis.org.uk
  2. Cummins, J. “Poison pharm crops near you”, Science in Society 2002, 15, 16 https://www.i-sis.org.uk
  3. Cummins, J. “Risk of edible transgenic vaccines” Science in Society 2003, 17, 24 https://www.i-sis.org.uk
  4. Cummins, J “Pharming Cytokines in Transgenic Crops” 31st January 2003 https://www.i-sis.org.uk
  5. Burrows, B. “Taking dirty industry south” Feb, 12,2003 Edmonds Institute Alert
  6. Canada Agriculture Online “Wanted: Contract growers” http://www.agcanada.com/ClassifiedAds/Wanted/Contractgrow.html
  7. Parmenter DL, Boothe JG, van Rooijen GJ, Yeung EC, Moloney MM. “Production of biologically active hirudin in plant seeds using oleosin partitioning.” Plant Mol Biol 1995 Dec;29(6):1167-80
  8. Giddings, G.,Allison, G.,Brooks, D. and Carter, A. “Transgenic plants as factories for biopharmaceuticals” Nature Biotech. 2000 ,18,1151-55.

Traduction : Jacques Hallard, Ing.CNAM, consultant indépendant
Fichier : OGM ISP Biopharming 05.10.2004
Adresse : 2240 chemin du Tilleul, F.13160 Châteaurenard
Courriel : jacques.hallard@wanadoo.fr

Rappel de quelques définitions :

OGM : O rganismes G énétiquement M odifiés (on dit également transformés ou transgéniques ). Nom donné à un être vivant issu d'une cellule dans laquelle a été introduit un fragment d'ADN recombiné, étranger. L'individu OGM qui en résulte, possède dans toutes ses cellules l'ADN recombiné étranger introduit au départ et intégré dans son patrimoine génétique.

Transgénèse ou t ransformation ou manipulation génétique = ensemble de manipulations qui consistent à intégrer de l'ADN recombiné d'origine(s) diverse(s) dans du matériel vivant receveur.