ISIS Commentary 29/07/09
Pourquoi les civilisations s’effondrent-elles ?
Une leçon pour les changements climatiques
Du point de vue technologique, la société moderne est, de loin, supérieure à tout qui a été fait précédemment ; nous avons tous les moyens pour éviter les pires effets du changement climatique et pour nous adapter aux effets que nous ne pourrons pas éviter. Histo r y tells us however that the most common reason societies collapse is not inadequate science or technology but failure to take the difficult decisions necessary for survival C ependant l'Histoire nous raconte que la raison la plus courante de l'effondrement des sociétés, ne réside pas dans l'insuffisance des sciences ou de la technologie, mais qu'elle tient dans le manque de prises de décisions, qui sont difficiles mais aussi nécessaires à la survie Prof. Peter Saunders
Survivre à des catastrophes écologiques
Alors que le monde doit faire face au défi des changements climatiques, il est instructif de rappeler que ce n'est pas la première fois que les humains ont eu à faire face à des problèmes similaires. De nombreuses sociétés se sont déjà trouvées dans de graves difficultés à cause d'un changement indésirable dans leur environnement. Il s'est trouvé des situations dans lesquelles des populations n'avaient aucun moyen de contrôle possible, comme l'apparition du Petit âge glaciaire dans le cours du 15 ème siècle, ou qui résultait du comportement de certaines populations, trop souvent à cause d'un déboisement des forêts, ou peut-être une combinaison des deux. Some societies survived, others did not. Certaines sociétés ont survécu, d'autres pas.
Bien avant l'arrivée des Espagnols, les Mayas d'Amérique centrale avaient déjà abandonné leurs magnifiques villes en raison de la sécheresse. La déforestation détruisit la société de l' île de Pâques qui avait érigé les célèbres statues, même si une population très réduite continue à vivre sur l'île. D'autres, comme les colons Norvégiens au Groenland, et les premiers habitants de l'île de Pitcairn , ont complètement disparu.
D'un autre côté, les Inuits , qui sont arrivés au Groenland alors que les colonies Scandinaves étaient florissantes, sont toujours là. Au 18 eme siècle, les japonais Tokugawa avaient pu inverser la déforestation qui menaçait leur mode de vie.
Les habitants de Tikopia , une petite île dans le Pacifique, ont adopté toute une série de mesures qui leur permit de survivre dans un environnement difficile ; l'un des faits les plus marquants fut, il y a 400 ans, de tuer tous les porcs – animaux qui ont un statut élevé en Mélanésie et qui constituent à la fois une importante source de protéines sur l'île de Tikopia - parce que les porcs étaient trop insuffisants pour assurer l'alimentation des êtres humains.
Les sociétés s'effondrent par défaut de prises de décision
Dans son remarquable livre Collapse [1] Jared Diamond décrit et analyse ces exemples et d'autres, et recherche les caractéristiques communes qui pourraient aider à expliquer pourquoi certaines civilisations ont survécu aux défis environnementaux et d'autres pas.
Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les sociétés n'ont pas réussi à faire face. Il se peut qu'elles n'aient pas anticipé le problème, de sorte qu'elles s'en soient détournées, et qu'elles n'aient pas fait en sorte d'être prêtes quand l'évènement s'est produit. Les Mayas auraient pu être mieux en mesure de faire face à la grande sécheresse du 9 ème siècle, s'ils avaient su que de telles choses pouvaient se passer dans cette partie du monde. Malheureusement, la dernière grande sécheresse qui sévit au cours du 3 eme siècle avait été oubliée. Les Mayas conservaient soigneusement les informations, mais uniquement celles qui se rapportaient aux choses qu'ils considéraient comme importantes, telles que les exploits de leurs rois, et non pas des choses insignifiantes comme les données climatiques.
Une société peut même ne pas être consciente d'un problème grave qui la concerne, surtout si l'effet est lent. An increase in mean temperature of a degree or two per century can easily be masked by annual fluctuations or dismissed as part of some cycle. Une augmentation de la température moyenne d'un degré ou deux par siècle, peut être facilement masquée par des fluctuations annuelles ou écartée comme faisant partie d'un cycle.
Il peut également s'agir d'un problème qui est tout simplement trop difficile. Si vous vivez déjà une existence marginale sur une île isolée dans le Pacifique Sud et que la diminution des précipitations se poursuit, vous ne pouvez pas y faire grand-chose.
Diamond a estimé que dans de nombreuses sociétés qu'il a étudiées, le motif le plus fréquent de leur effondrement ne réside pas de ce qui précède, mais dans l'incapacité de prendre des mesures décisives qui les auraient sauvées. C'est même étonnant que lorsque la menace était évidente, rien ou presque n'ait été tenté pour y remédier..
Pourquoi les sociétés ne parviennent-elles pas à se sauver par elles-mêmes ?
Pourquoi une société qui sait qu'elle est en danger, ne fait pas tout ce qu'elle peut pour survivre ? Il existe un certain nombre de raisons possibles, dont la plupart découlent du fait que la société n'est pas un individu, mais une collection d'êtres humains. Il peut s'agir d'importants conflits d'intérêts, et ceux-ci mènent souvent à des décisions qui conviennent à une fraction de la société, mais qui ne sont pas du meilleur intérêt pour la société dans son ensemble.
La plus évidente source de conflit tient au fait que les intérêts des dirigeants ou de l'élite ne sont pas toujours les mêmes que ceux du reste de la population. Il est facile de penser à des exemples, comme ces chefs qui ont consacré beaucoup de ressources de l'île de Pâques à la création des célèbres statues (le gaspillage de grandes quantités de biens sur des projets de prestige est un défaut majeur des dirigeants), ou à ces propriétaires des entreprises qui font de la déforestation dans les forêts tropicales et aux politiciens qui ont permis que cela puisse se produire.
Même un groupe qui n'a pas beaucoup de puissance intrinsèque peut obtenir ce qu'il veut, parce qu'il est plus déterminé que la majorité ne l'est pour le refuser. C'est essentiellement la raison pour laquelle nous continuons à subventionner les pêcheurs alors que les mers sont déjà surexploitées.
Il y a aussi la " tragédie des biens communs ": un pêcheur qui débarque sa cargaison sait que ses prises sont exagérées par rapport à ce qu'il devrait ramener, mais il craint que, s'il se retient de trop pêcher dans l'espoir de préserver les stocks de poissons, d'autres pêcheurs prendront sa place. [2].
Les sociétés ont également des valeurs profondément enracinées et il est très difficile de prendre toute mesure qui entrerait en conflit avec ces valeurs. L'exemple évident se trouve dans les tabous religieux, mais les valeurs n'ont pas à être exprimées en termes de religion. Les Vikings du Groenland, par exemple, ont réduit leurs chances de survie en gardant autant que possible leurs coutumes norvégiennes et leurs pratiques agricoles [3], et en refusant d'apprendre auprès des Inuits.
Allons-nous survivre aux changements climatiques?
Si les effondrements des sociétés sont généralement dus à l'une des trois premières raisons qui ont été identifiées par Diamond - l'échec à anticiper le problème, le manque d'une prise de conscience quand il se manifeste, et l'absence de moyens technologiques pour y faire face - nous pourrions être relativement confiants sur nos perspectives.
Il y a plus d'un siècle que Arrhenius a montré que si l'on brûle trop de combustibles fossiles, la Terre va se réchauffer ; cela n'est donc pas survenu par surprise. Les météorologues et les climatologues ont procédé à la mesure de la tendance à la hausse de la température moyenne et à la comparaison de celle-ci avec la concentration de gaz à effet de serre ; nous connaissons donc exactement l'ampleur du problème. Nous possédons déjà toutes les technologies pour limiter le changement climatique et pour atténuer ses effets (voir Which Energy? [4] et Food Futures Now: *Organic *Sustainable *Fossil Fuel Free [5]), ainsi que d'autres articles qui sont en cours d'élaboration (voir SiS 31-43).
La question cruciale est de savoir si nous avons la capacité de prendre les bonnes décisions et il n'est pas du tout évident que nous soyons mieux placés pour le faire que les sociétés antérieures.
Le problème qui se pose est à l'échelle de la planète et, pour le résoudre, nous avons besoin d'une coopération sans précédent au niveau mondial. Tout accord pour limiter le changement climatique devra tenir compte des intérêts très différents des pays développés et des pays en développement. La " tragédie des biens communs " fonctionne de la même manière si nous parlons des pêcheurs pris individuellement ou des flottes de pêche nationales. Worse, it can act at both levels simultaneously. Pire, le phénomène peut agir aux deux niveaux simultanément.
Il y a deux obstacles sérieux si l'on veut essayer de résoudre ces conflits. Tout d'abord, toute société a une certaine forme de gouvernement, allant d'une gouvernance autocratique à un congrès informel de représentants de l'ensemble de la communauté, ou quelque chose entre les deux. La forme de gouvernement affecte bien évidemment la prise de décision. Diamond fait valoir que celles qui sont situées près de l'une des extrémités du spectre de gouvernement, sont plus en mesure de faire face aux défis environnementaux que ceux qui sont dans le milieu de la façon de gouverner. Comme il n'existe pas de gouvernement mondial d'aucune façon, - formel ou informel -, nous nous trouvons devant des choix difficiles, sans cadre pour les prises de décisions et sans moyens pour faire respecter les décisions qui sont prises.
Deuxièmement, les tentatives visant à surmonter les conflits d'intérêts entre les États doivent également prendre en compte les conflits qui règnent au sein de ces Etats. Parce que les conséquences d'un accord auront un impact différent sur les différents groupes, un pays peut ne pas être en mesure de faire une concession à une minorité influente, qui est fermement opposée.
La plupart des 44 élus démocrates dans la Chambre des représentants des Etats-Unis qui ont presque fait tomber récemment le projet de loi sur les changements climatiques, proviennent d'états qui sont soit producteurs de charbon, soit qui sont fortement dépendants du charbon comme source d'énergie [6]. Il est trop tôt pour savoir si la lutte pour faire passer le projet de loi par le Congrès des États-Unis aura une incidence sur la position de la négociation, mais cela montre qu'il peut s'agir d'un effet multiplicateur. Mais un petit groupe déterminé dans une société donnée, peut avoir un effet significatif sur l'ensemble du monde, même si, à cette échelle, ce groupe est de petite taille.
C'est ce que Diamond a identifié comme le plus grand obstacle à la réussite, comme un effet de double couche qui est encore plus difficile à surmonter. We must not give in to pessimism, but neither should we underestimate the size of the challenge that faces us. Nous ne devons pas céder au pessimisme, mais nous ne devons pas non plus sous-estimer l'ampleur du défi qui nous attend.
Comment nous pouvons nous sauver par nous-mêmes
Il est facile de se leurrer en pensant que soit le changement climatique ne se fera pas, ou que s'il se produit, ceux d'entre nous qui vivons dans le monde développé, sont l'abri de ses conséquences.
Le changement climatique qui s'amorce et ses conséquences seront mondiales ; si nous ne réagissons pas dans un délai rapproché, les effets seront bien pires. And if we do not act quickly and effectively, our society may well collapse. Et si nous n'agissons pas rapidement et efficacement, notre société pourrait tout simplement s'effondrer.
L'espèce humaine ne sera probablement pas complètement éteinte, mais nous pourrions subir le même sort que les Mayas : une réduction vers une population beaucoup plus petite, marginale et agraire. Si vous trouvez que c'est finalement une perspective intéressante, pensez aussi aux troubles sociaux, aux guerres, aux famines et autres catastrophes qui vont se produire le long du chemin.
We have all the science and technology we need to avert the c Qui plus est, comme l'a montré le rapport Stern [7] ( The Economics of Climate Change , SiS 33) [8], nous pouvons le faire à un prix qui nous pouvons facilement nous permettre. La question est de savoir si nous avons la volonté de le faire, et l'un des premiers tests de cette épreuve, sera de savoir si nous pourrons préserver le reste des forêts du monde.
La déforestation a été un facteur clé dans de nombreux effondrements des sociétés parce que les arbres recouvrent beaucoup d'usages essentiels, tels que le maintien du sol en place sur les pentes, l'exploitation du bois pour fournir des matériaux pour les habitations et pour les bateaux, la séquestration du dioxyde de carbone de l'atmosphère, et surtout la contribution des forêts à la stabilisation du climat. Une fois que la forêt a été abattue, il faut beaucoup de temps pour la remplacer, si toutefois elle peut être remplacée.
Notre société, comme bien d'autres avant nous, s'adonne au gaspillage de cette ressource. Nous semblons incapables de faire cesser la destruction de l'Amazonie et des forêts tropicales indonésiennes, même si le rapport Stern a montré que ce serait, de loin, la contribution la plus rentable que nous puissions apporter pour atténuer le changement climatique. Le deuxième moyen le plus efficace est de reboiser des zones qui ont déjà été abattues (voir aussi Saving and Restoring Forests Saves Far More Carbon Emissions than Biofuels , SiS 37 [9]).
Il y a un grand besoin. Urgent d'une la coopération internationale, car les forêts qui doivent être préservées se situent essentiellement dans les pays en développement, celles qui se trouvaient dans le monde développé ayant été coupées il y a déjà bien longtemps (voir Old Growth Forests Are Carbon Sinks and Must Be Protected , SiS 40 [10]).
Si nous ne savons vons pas trouver un moyen pour travailler ensemble, même sur ce point, il est difficile de voir comment nous pourrions coopérer sur les problèmes les plus difficiles, comme la réduction de l'utilisation des combustibles fossiles, tout en permettant aux pays en développement d'accroître leur niveau de vie.
Le danger n'est pas que nous ne ferons rien concernant le changement climatique, en particulier maintenant que les États-Unis et la Chine ont accepté de travailler sur ce sujet. C'est que ce que nous faisons sera trop peu et surviendra trop tard. Les effets sont cumulatifs et plus nous tardons, plus notre tâche sera difficile. Il est déjà trop tard pour commencer par des actes symboliques et de bonnes intentions. Nous devons faire des changements réels, et nous avons à les entreprendre dès maintenant.
Références bibliographiques
1. Diamond J. Collapse: How Societies Choose to Fail or Succeed . Viking Penguin, New York , 2005.
2. Hardin G. The tragedy of the commons. Science , 162, 1243-1248, 1968.
3. Twentieth century examples of a society refusing to learn how to live in a different environment are provided by Noel Coward in his song Mad Dogs and Englishmen , e.g., “In the Malay States there are hats like plates, which the Britishers won't wear.”
4. Ho MW, Bunyard P, Saunders PT, Bravo E and Gala R. Which Energy ? Institute of Science in Society, London , 2006, http://www.i-sis.org.uk/which_energy.php
5. Ho MW, Burcher S, Lim LC et al. Food Futures Now: *Organic, *Sustainable, *Fossil Fuel Free . Institute of Science in Society, London , 2008, ISBN 0-954-44923-4-X, http://www.i-sis.org.uk/foodFutures.php
6. “House passes bill to address threat of climate change”, Jim Broder, New York Times , 26 June, 2009 . http://www.nytimes.com/2009/06/27/us/politics/27climate.html
7. Stern N. The Economics of Climate Change . Cambridge University Press, Cambridge , 2007, ISBN 0-521-70080-9. http://webarchive.nationalarchives.gov.uk/+/http://www.hm-treasury.gov.uk/independent_reviews/stern_review_economics_climate_change/stern_review_report.cfm
8. Saunders PT The economics of climate change. Science in Society 33 , 20-23, 2007.
9. Ho MW. Saving and restoring forests saves far more carbon emissions that biofuels. Science in Society 37 , 17, 2008.
10. Ho MW. Old growth forests are carbon sinks and must be protected. Science in Society 40 , 29-30, 2008.
Définitions et compléments en français
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