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OGM. Interdisons les probiotiques génétiquement modifiés
Résumé :
Les bactéries bénéfiques qui vivent dans l'intestin humain sont maintenant sujettes à des modifications génétiques considérables qui pourraient les transformer en microbes pathogènes. Le Professeur Joe Cummins et le Docteur Mae-Wan Ho réclament une interdiction de la dissémination des probiotiques génétiquement modifiés.
Source : Ban GM Probiotics. Mae-Wan Ho et Joe Cummins. Communiqué de presse de l'institut ISIS en date du 22/04/2005
“The Institute of Science in Society” = ISIS, est une organisation non gouvernementale basée à Londres, Grande Bretagne. Le site web est http://www.i-sis.org.uk Les informations générales concernant cet institut sont disponibles auprès de Sam Burcher, joignable par sam@i-sis.org.uk L'institut ISIS est dirigé par Mae-Wan HO, dont la messagerie est m.w.ho@i-sis.org.uk Le texte original en anglais et les références sont accessibles par les membres de l'ISIS sur le web par : http://www.i-sis.org.uk/full/BanGMprobioticsFull.php
Une version complète de cet article avec le diagramme et les références est signalée sur le site Web des membres d'ISIS. Détails d'adhésion ici.
Des probiotiques pour la santé
Les probiotiques sont des bactéries bénéfiques qui se trouvent naturellement dans l'intestin humain et qui peuvent être ajoutées à la nourriture pour leurs effets positifs sur la santé. Les probiotiques les plus étudiés sont les espèces Bifidobacterium et Lactobacillus ; toutes les deux sont dérivées des produits laitiers fermentés.
L'efficacité des probiotiques a été clairement établie ces dernières années. Par exemple, des expériences randomisées conduites "en double-aveugle" avec du lait supplémenté en probiotiques a réduit des infections respiratoires et la sévérité de la maladie chez des enfants en l'espace d'une journée [1]. Une autre étude a prouvé qu'un traitement avec des probiotiques corrigeait la diarrhée chez les enfants [2].
Ce succès a attiré l'attention de spécialistes du génie génétique qui voulaient "perfectionner" des applications efficaces, qui remontent probablement au commencement de l'histoire écrite.
L'interaction entre l'hôte humain et les bactéries de l'intestin a évolué au cours de millions d'années. La contribution à la santé chez le genre humain dépend d'un réseau complexe d'interactions entre diverses bactéries, d'une part, et d'autres interactions entre des bactéries et leur hôte, d'autre part ; en dehors d'un certain état d'équilibre, ces interactions pourraient très vraisemblablement aboutir à l'expression de maladies (3].
La modification génétique peut-elle "améliorer" les bactéries probiotiques sans les transformer en microbes pathogènes dangereux?
Les bactéries probiotiques modulent le système immunitaire et fournissent un équilibre écologique dans l'intestin qui exclut les agents microbiens pathogènes. Des souris reproduites en laboratoire en conditions d'absence de germes, ont des cellules moins immunisées et elles ont tendance à libérer plus d'antigènes, provenant de la nourriture. Cette situation s'améliore après environ un mois d'exposition aux bactéries [4].
Les bactéries probiotiques ne doivent cependant pas être pathogènes et il est essentiel que les traitements probiotiques soient examinés vis-à-vis de leur innocuité. La grande majorité des applications ont été dépourvues de résultats pathologiques, mais il y a eu un cas d'infection locale due à une souche de Lactobacillus non conforme [5].
La perspective de modifications génétiques qui pourraient "améliorer" les microbes probiotiques, doit être sérieusement mise en balance vis-à-vis du risque potentiel de voir apparaître des souches néfastes à partir de microbes bénéfiques qui pourraient ainsi devenir des pathogènes dangereux, en particulier dans le cas des bactéries qui se trouvent naturellement l'intestin humain (voir en particulier " No Biosecurity without Biosafety ", un rapport de Mae-Wan Ho de l'institut ISIS en date du 16 mars 2005 accessible par www.i-sis.org.uk/BiosecurityBiosafety.php ).
La séquence complète du génome du probiotique Lactobacillus acidophilus a été déterminée et des caractéristiques concernant la survie dans l'intestin, d'une part, et favorisant les interactions au niveau des intestins d'autre part, ont été identifiées [6].
Le séquençage du Bifidobacterium longum , reflète, de façon similaire, son adaptation à l'appareil gastro-intestinal humain, incluant notamment la synthèse possible de protéines potentiellement capables de moduler les propriétés immunologiques [7].
Les bactéries de la fermentation du lait hébergent des bactériophages (virus), y compris ceux qui causent les maladies, et des ' bactériophages tempérés ' sont capables d'intégrer leur génome viral dans le génome bactérien [8]. Les 'bactériophages tempérés' des bactéries jouent un rôle important dans le transfert génétique horizontal entre des bactéries qui résident dans le même environnement, dans le cas présent, l'intestin humain.
La modification génétique des bactéries peut être réalisée par la transformation de l'ADN (absorption directe d'ADN), par la transduction (transfert des gènes par des ' bactériophages bactériens tempérés ') ou par l'utilisation des plasmides (petites séquences d'ADN de forme circulaire qui se reproduisent dans la cellule bactérienne, mais qui se maintiennent en dehors du chromosome bactérien). Normalement, les transgènes sont propagés dans les bactéries par l'intermédiaire de plasmides , car la transformation de l'ADN n'est possible que si cet ADN partage une homologie (c'est-à-dire des séquences similaires) avec le chromosome bactérien.
Des bactéries lactiques ( Lactobacillus spp. ) ont été génétiquement modifiées afin d'augmenter leur activité protéolytique, pour résister à des virus, pour métaboliser des hydrates de carbone [glucides] complexes ou pour augmenter le métabolisme. La seule bactérie lactique génétiquement modifiées autorisée jusqu'à maintenant, selon termes de la directive de l'Union Européenne en la matière, est une souche modifiées avec un gène de la luciférase , destinée à détecter des résidus d'antibiotiques dans le lait, Mais cette souche n'entre pas dans la chaîne alimentaire parce qu'elle est uniquement utilisée sur un petit échantillon d'essai de lait qui est ensuite détruit.
Des expériences dangereuses sont conduites avec des probiotiques
Il a été suggéré qu'une technique de " Gene Shuffling " [recombinaisons génétiques répétées et aléatoires] devrait être utilisée dans le but améliorer des bactéries lactiques pour un usage comme probiotiques. Ce " Gene Shuffling " est un procédé dangereux en soi qui peut produire des millions de bactéries recombinées en l'espace de quelques heures. Il sera impossible de prévoir combien d'entre elles pourraient être des microbes pathogènes mortels (se reporter à la publication " Death by DNA Shuffling ", Science in Society, N° 18 annoncé sur le site :
http://www.i-sis.org.uk/isisnews/sis18.php ou consultable directement par :
www.i-sis.org.uk/deathByDNAShuffling.php
Aux Etats-Unis, une demande de brevet pour les bactéries lactiques recombinées, destinées à traiter l'allergie, inclut un produit laitier fermenté (yaourt) contenant des bactéries lactiques génétiquement modifiées, avec les gènes synthétiques concernant l'épitope des anticorps d'IgE (anticorps d'allergie) à la surface de la bactérie. La thérapie de l'allergie consisterait à manger du yaourt "r ecombiné " [génétiquement modifié] pour supprimer l'allergie lorsque que l'allergène normal est rencontré [10].
Ce genre de 'thérapie 'doit être considéré avec une extrême attention. L'expérience nous indique que l'interférence avec le système immunitaire peut mener à de bien désagréables surprises, comme dans le cas du virus inoffensif de la variole chez la souris, qui s'est transformé en un microbe pathogène mortel quand un gène, qui était censé amplifier la production d'anticorps, y avait été inséré [11].
Dans une autre expérience, une souche de Lactobacterium d'origine humaine a été modifiée avec un gène destiné à produire l'antigène de la toxine tétanique, afin d'obtenir une immunisation vis-à-vis du tétanos. La bactérie lactique recombinée a été appliquée en pulvérisation nasale afin de produire une forte immunisation [12]. Aucune attention n'a été accordée à la possibilité que le gène de la toxine du tétanos pourrait facilement se transformer en un microbe pathogène.
Les spécialistes du génie génétique ont également identifié des souches de Bifidobacteria probiotiques et pensé à les 'améliorer' par modification génétique. Jusqu'à présent, des plasmides vecteurs appartenant à Bifidobacteria ou des plasmides adaptés au transfert de gènes entre E. coli et Bifidobacteria ont été employés, afin d'étudier le rôle de Bifidobacteria dans l'écosystème d'intestin plutôt que de faire appel à la production de souches de probiotiques par modifications génétiques [13].
L'instabilité des plasmides recombinés s'est avérée être un obstacle à l'exploitation industrielle de Bifidobacteria génétiquement modifiés [14]. En outre, on a observé un transfert de gène entre Lactobacteria et Bifidobacteria dans le système digestif de souris qui avaient été élevées précédemment sans germes pathogènes [15]. Cela suggère que des souches de probiotiques génétiquement modifiées altèrent grandement et d'une façon imprévisible, l'écologie microbienne du système digestif.
Une revue récente a souligné le marché énorme que représente les probiotiques en Europe, dans l'optique de la caractérisation et de l'identification d'un grand nombre de microbes probiotiques par la technique de génétique moléculaire [16].
Une revue antérieure avait discuté de la thérapie bactérienne de remplacement comme une forme de "guerre bactériologique" pour empêcher et contrôler des infections de la peau, de la cavité buccale, des oreilles et du système urogénital. Des bactéries probiotiques bénéfiques sont employées pour coloniser la flore microbienne de l'intestin afin d'éliminer ou de réduire au minimum l'installation des microbes pathogènes eux-mêmes. Cette approche a été couronnée de succès pour le contrôle de la carie dentaire, des infections des oreilles et des maladies à Streptocoques. Dans quelques rares exemples, les bactéries "amicales" portaient des marqueurs de résistance à des antibiotiques ou bien elles avaient été génétiquement modifiées [17].
Aucune bactérie génétiquement modifiée ne doit être autorisée pour un usage comme probiotique
L'étude des bactéries colonisant l'intestin humain vient juste de commencer. Il y a dix fois plus de bactéries, se répartissant en plus de 400 espèces différentes, qu'il n'y a de cellules dans l'intestin; une très grande majorité de ces espèces est encore inconnue.
Le Professeur Tore Midtvedt, qui a été l'un des pionniers dans l'élevage des souris en milieu stérile pour étudier les bactéries de l'intestin, a été parmi les premiers à démontrer la contribution importante des différentes bactéries au développement du système immunitaire au niveau de l'intestin [18].
En raison de notre vaste ignorance de l'écologie de l'intestin, nous ne pouvons pas permettre que des bactéries probiotiques génétiquement modifiées soient employées, au moins jusqu'à ce que nous comprenions entièrement les équilibres écologiques complexes qui évolué conjointement avec l'espèce humaine. Il devrait y avoir une interdiction de l'utilisation de toutes les bactéries probiotiques génétiquement modifiées chez les êtres humains.
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