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Développement Durable

Mise à jour concernant la version 2 de la Ferme Visionnaire ou 'Dream Farm 2'

Une version condensée de la Ferme Visionnaire version 2, ou 'Dream Farm 2', les fondements qui étayent ce concept et une mise à jour du sujet avec un projet sur un site potentiel, sont exposés par le Dr. Mae-Wan Ho.

Le texte original en anglais et les références sont accessibles sur le web par : www.i-sis.org.uk/DreamFarm2.php

En quoi consiste la version 2 de la Ferme Visionnaire ?

Beaucoup de personnes me demandent ce que représente exactement 'la Ferme Visionnaire version 2'. Il y a plusieurs réponses. Tout d'abord, la 'Ferme Visionnaire version 2' est un modèle d'une exploitation intégrée, avec 'zéro- émission ' [de gaz à effets de serre ] et de 'zéro- déchet ', qui maximise l'utilisation des énergies renouvelables et transforme les 'déchets' en nourriture et en ressources énergétiques, qui permet aussi, de ce fait, d'obvier complètement aux besoins en carburants et en combustibles fossiles.

La ' Ferme Visionnaire ' est notre réponse à la crise de l'énergie et au changement climatique. Et, plus encore, elle est le microcosme d'une manière différente d'être et de se comporter dans le monde ; à certains égards, la 'Ferme Visionnaire' est aussi une sorte de révolution sociale.

D'une manière ou d'une autre, j'ai consacré les 20 dernières années à développer l'idée, et à tenter d'y rester fidèle.

Les détails techniques figurent dans mon livre [1], ' The Rainbow and the Worm - The Physics of Organisms, 2nd Edition ' , édité en 1998 et réimprimé plusieurs fois depuis. Ce livre présentait une théorie sur les organismes vivants, qui ont capté mon attention sur l'essence même de la 'Ferme Visionnaire II', ainsi que sur le genre de révolution sociale et spirituelle qu'elle nécessite.

J'avais également, et assez étrangement, proposé que nous pourrions examiner les systèmes soutenables , vus sous l'angle des organismes vivants.

J'avais effectivement découvert le travail de Gunther Pauli sur la notion de 'zéro-émission', au moins dans ses grandes lignes, et je l'avais cité dans un paragraphe à la fin du dernier chapitre d'un autre livre, qui avait également été édité d'abord en 1998, ' Genetic Engineering Dream or Nightmare ' [2] ; j'y avais argué du fait que nous avons besoin d'un changement profond et soutenu de direction, dans toutes les sphères de la vie avant que le rêve de résoudre les problèmes du monde par le génie génétique ne se transforme en cauchemar. Mais la pleine signification du travail de Pauli ne m'est apparue que beaucoup plus tard.

Un beau jour, pendant la coupure des fêtes de Noël en 2004, une lettre du théoricien de l'écologie Robert Ulanowicz, de l'Université du Maryland aux Etats-Unis, avait refait surface sur mon bureau, alors qu'elle m'avait été adressée six mois plus tôt. Je l'avais mise de côté et classée comme 'très importante' et puis je l'avais oubliée. Je lui fis sur le champ un courrier électronique, en lui exprimant mes plus plates excuses. Par chance, nous avons fini par rédiger une publication ensemble, qui a introduisait, en écologie, l'idée de considérer les systèmes soutenables comme des organismes vivants ' Sustainable Systems as Organisms ' [3]. Notre publication a été éditée en mai 2005.

Ainsi, lorsque j'ai découvert le travail de George Chan : ' Integrated Food and Waste Management System ' , ou IFWMS , le 'Système de gestion intégrée de l'alimentation et des déchets', sa relation avec mon propre travail m'est apparue ; et peu après, je fus en mesure de prolonger mon approche théorique des systèmes soutenables, considérés comme des organismes vivants, afin d'y inclure explicitement la croissance et le développement , ce qui, jusque-là, n'avait pas été fait.

Au mois de juillet 2005, j'ai rencontré Kenneth Spelman, un ingénieur du traitement des déchets et de la planification urbaine, qui put venir à la première Conférence Internationale pour un Monde Soutenable [4], qui avait été organisé par l' ISIS . Je découvris qui Kenneth avait une longue suite de titres après son nom, lorsqu'il me tendit sa carte lors du dîner de cette conférence. (voir l'article ' Sustainable Systems as Organisms ', paru dans la revue Science in Society N° 27).

En août 2005, je pris contact avec George Chan, pour lui demander s'il pourrait nous aider et lui dire que nous avions besoin, en Grande-Bretagne, de quelque chose comme son ' Integrated Food and Waste Management System ' ou IFWMS . Il m'a recommandé « de trouver un bon ingénieur ». J'ai alors pris le téléphone et j'ai obtenu Kenneth, qui me répondit «quelle bonne idée ! » et cela fut le début de ce qui est devenu ultérieurement la 'Ferme Visionnaire version 2'.

Mais laissez-moi revenir un instant en arrière afin d'expliquer juste un peu cette idée de considérer les systèmes soutenables comme des organismes vivants.

Les systèmes soutenables considérés comme des organismes vivants

Le modèle 'zéro- déchet ' ou 'zéro- entropie ' des organismes vivants et des systèmes soutenables, prédit essentiellement une croissance et un développement bien équilibrés à chacun des stades, par opposition au modèle dominant d'une croissance infinie et insoutenable.

Ceci a immédiatement conduit au mythe suivant lequel l'alternative à ce modèle dominant était la négation de toute croissance et une absence de développement : c'est ainsi que la plupart des critiques du modèle dominant le perçoivent, y compris l'organisation ' New Economics Foundation ', une Fondation pour les nouvelles sciences économiques, par exemple, qui se considère elle-même comme étant très radicale. [5].

Le modèle dominant de la croissance concurrentielle infinie peut être représenté comme poissons les plus grands avalant les plus petits et ceci se manifestant ad infinitum (1) ; il décrit également comment une personne devrait se comporter et comment une société devrait se développer pour assurer son succès.

Schéma 1. Les gros poissons avalent les moyens, qui avalent à leur tour les plus petits.

Une personne se développe aux dépens des autres ; une société se développe en absorbant d'autres sociétés, laissant et abandonnant en même temps des ressources terrestres sur le terrain. Il n'y a aucun cycle fermé pour retenir les ressources à l'intérieur, pour établir des structures sociales ou écologiques stables. Ce n'est pas étonnant que cela soit complètement non soutenable : c'est pourquoi nous sommes confrontés au réchauffement climatique et à la crise de l'énergie.

En revanche, l'archétype d'un système soutenable est un cycle vital bien bouclé et fermé, semblable à celui d'un organisme vivant, qui est préparé pour croître et se développer, pour construire des structures d'une manière équilibrée et pour les perpétuer, et c'est bien de cela qu'il s'agit avec la soutenabilité. La fermeture d'un cycle crée une structure stable et autonome qui se maintient et se renouvelle par elle-même, qui est finalement autosuffisante.

Afin de réaliser cela, il faut au moins satisfaire autant que faire se peut, à la situation idéale de 'zéro- déchet ' ou 'zéro- entropie ' (2). Nous tendons vers cet idéal et c'est pourquoi nous ne nous désintégrons pas en mille morceaux et que nous ne vieillissons que très lentement. Réalisez cela : si nous étions parfaits, nous ne vieillirions jamais. Le secret est décrit en mon livre, le ' Rainbow Worm ', que je vous invite à lire.

Schéma 2. L'idéal de 'zéro-entropie' dans un système soutenable

Ce diagramme indique qu'aucun déchet ni aucune désorganisation ( entropie ) ne s'accumule dans le système. Même les déchets (entropie) exportés vers l'extérieur sont réduits au minimum et tendent vers zéro dans un système sain et bien équilibré. Plus nous approchons de cet idéal, plus le système peut croître et se développer, en restant plein de vitalité et de promesses.

Lorsque ce système cyclique contient d'autres cycles qui peuvent s'interconnecter, des interactions positives peuvent se manifester et permettre à ces autres nouveaux cycles de prospérer à leur tout dans le système. Au minimum, la ferme intégrée comprend le [ou les] exploitant(s), du bétail et les plantes cultivées. Ils opèrent ensemble en terme de réciprocité et d'une autonomie qui leur échoit.

Le fermier prépare la terre pour semer les graines qui vont donner des récoltes, lesquelles vont alimenter le bétail et le fermier ; le bétail fournit les éléments fertilisants qui vont nourrir les plantes cultivées. Peu de choses sont gaspillées ou exportées comme déchets vers l'environnement extérieur.

En fait, une proportion importante des ressources sont réutilisées et maintenues à l'intérieur du système. Le système stocke l'énergie aussi bien que les ressources matérielles comme le carbone. Le carbone excédentaire est séquestré dans la biomasse des plantes cultivées et des animaux, ainsi que dans le sol qui est, de ce fait, enrichi et amélioré.

La ferme peut se perpétuer comme cela de façon tout à fait profitable et de manière soutenable , ou bien elle peut alors se développer. La croissance organique s'exerce toujours selon un bon équilibre en mettant en œuvre de nouveaux cycles supplémentaires : les unités, dont l'autonomie est assurée, contribuent à l'amélioration des nouvelles activités.

Selon l'ancien paradigme, les organismes vivants sont principalement envisagés pour entrer en compétition pour les ressources et l'espace disponibles. Mais nous évoluons dans un univers à trois dimensions dans l'espace et la dimension temporelle compte également.

Nous disposons d'un espace-temps que nous pouvons occuper plus abondamment avec des cycles vitaux de différentes tailles qui occupent des espaces-temps différents.

C'est exactement ce qui se passe avec les organismes vivants, dans un écosystème naturel et avec une grande biodiversité , afin de maximiser les relations réciproques et symbiotiques qui bénéficient à toutes les espèces.

Ainsi, des poissons, des algues , des volailles , des vers de terre , des champignons comestibles , etc, peuvent être rajoutés au système : ce qui constitue un déchet pour un cycle donné, devient alors une ressource pour un autre cycle !

Plus de cycles vitaux sont intégrés dans le système et plus d'énergie et de biomasse peuvent y être stockées: en conséquence, la ferme est globalement plus productive. Elle pourra également supporter un nombre plus élevé d'exploitants agricoles ou plus de personnes employées sur le site.

La productivité et la biodiversité marchent toujours de concert dans un système soutenable , comme des générations d'agriculteurs l'ont vécu depuis longtemps et comme des chercheurs et universitaires l'ont redécouvert récemment. C'est également un système qui est le plus efficace du point de vue du rendement énergétique optimum.

Pourquoi ? Parce que les différents cycles vitaux tirent essentiellement l'énergie dont ils ont besoin, de l'intérieur du système global dans son ensemble, par réciprocité, conservant autant que possible les ressources en interne et en les réutilisant dans le système lui-même.

La monoculture industrielle, en revanche, est la voie la moins efficace en terme énergétique, en terme de rendement optimum des unités à la sortie, par rapport aux unités d'intrants appliqués au départ ; elle est souvent moins productive en terme absolu, en dépit des intrants importants et d'origine externe, parce que le système ne ferme pas le cycle : elle ne dispose pas d'une biodiversité suffisante et requise pour retenir l'énergie à l'intérieur et elle finit par générer beaucoup de déchets et d'entropie en épuisant les sols cultivés.

En fait, les cycles vitaux ne sont pas séparés d'une manière aussi ordonnée : ils sont liés par beaucoup d'entrées, ou intrants, et de sorties.

Lorsqu'un cycle s'achève vers le bas, d'autres s'initient vers le haut, et vice-versa par la suite. Ce genre de réciprocité est à l'œuvre à toute heure dans notre corps comme dans n'importe quel système soutenable ; c'est pourquoi l'énergie et les matières s'y trouvent ainsi stockées pendant beaucoup plus longtemps.

J'ai la conviction que les organisations et les sociétés qui encouragent l'autonomie, la réciprocité et la synergie, seraient beaucoup plus efficaces et créatrices que celles qui jouent sur la compétitivité et la répression. Elles seront bien plus heureuses aussi. C'est vers cet idéal que toute personne, y compris moi-même, que nous devons tendre en permanence et cela en vaut la peine.

La version 1 de la Ferme Visionnaire

J'ai repris le concept de George Chan : ' Integrated Food and Waste Management System ' ou IFWMS , 'Le système de gestion intégrée de l'alimentation et des déchets', dans un article publié sur ce sujet dans le numéro d'automne 2005 de notre revue Science in Society , sous le titre ' Dream Farms ' [6], en lui donnant le nom de ' Dream Farm 1 ' [6] [Nous avons traduit ensuite ce concept par le vocable de la 'Ferme Visionnaire' ; voir ' La ferme visionnaire – Une proposition : Comment faire face au changement climatique et imaginer l'économie après la fin des combustibles et carburants fossiles ', cette étude est accessible sur les sites suivants : www.indsp.org/pdf/DreamFarm-2-FR.pdf et www.apreis.org/actu_vf.html

Pour ceux qui ne le savent pas encore, le digesteur à biogaz est la technologie principale, qui est au cœur de la mise en œuvre minimale du concept d' IFWMS de George Chan. Le digesteur à biogaz est construit pour assurer un environnement en anaérobiose, afin que des bactéries présentes dans les déchets et les déjections animales puissent fermenter les matériaux d'origine organique, tout d'abord en produisant des acides et des alcools, qui sont ensuite transformés en méthane, par des bactéries dites méthanogènes.

La digestion en anaérobiose empêche aussi bien le méthane que l'azote volatil [protoxyde d'azote] de s'échapper : nous évitons ainsi, d'une part, des émissions de ces deux autres gaz à effet de serre puissant et, d'autre part, la diffusion d'éléments fertilisants qui iraient sinon polluer le milieu environnant.

Les eaux résiduaires du digesteur à biogaz, contenant encore des éléments fertilisants dissous et des polluants résiduels, passent alors par une digestion aérobie , au cours de laquelle des algues émettent l'oxygène qui est nécessaire et requise pour détoxifier les polluants : ainsi l'eau épurée, contenant encore des éléments nutritifs, peut être dirigée vers des bassins d' aquaculture , sans porter préjudice à la faune aquatique.

Les éléments nutritifs stimulent le développement de plancton qui va pouvoir être utilisé pour nourrir des poissons, par exemple. Puis l'eau des bassins aquatiques, qui contient encore des éléments fertilisants émis par les poissons, peut alors servir à fertiliser des cultures installées sur les digues des bassins aquatiques ou bien encore dans les champs cultivés. Des plantes peuvent également être cultivées sur des flotteurs à la surface des bassins servant à la pisciculture.

Des élevages de vers de terre et de volailles, ou encore des cultures de champignons comestibles peuvent également être intégrés au cœur du système. Le biogaz récupéré à partir du digesteur en anaérobiose , contient au moins 60 pour cent de méthane (le reste étant du gaz carbonique ) : ce gaz peut être utilisé directement comme combustible pour les besoins de la cuisine ou bien encore comme source d'électricité.

La digestion en anaérobiose des déchets organiques, qui permet de récupérer le méthane, est de loin la plus avantageuse parmi toutes les autres technologies 'productrices d'énergie à partir des déchets', dont la plus mauvaise est sans aucun doute l' incinération : voir l'encadré ci-dessous et l'article sur cette question ' How to be Fuel and Food Rich under Climate Change ' [7] dont la version française porte le titre ' Comment être bien pourvus en carburants et en nourriture malgré le changement climatique ', bientôt disponible sur Internet.

Encadré 1

Avantages de la digestion anaérobie pour récupérer le méthane

  • Fourniture potentielle de 11,7 pour cent de tous les besoins énergétiques ou 50,2 pour cent des carburants transports nécessaire au Royaume Uni
  • Le méthane peut être employé comme carburant pour les véhicules automobiles ou les engins agricoles, ou encore pour la production combinée de la chaleur et d'électricité
  • Les voitures fonctionnant au méthane sont déjà sur le marché [notamment en Suède] et, en ce qui concerne la pollution, elles sont actuellement de loin les plus propres
  • Le méthane du biogaz est un carburant vraiment renouvelable et qui limite les émissions de carbone
  • Épargne deux fois plus les émissions de carbone en empêchant les émissions du méthane et du protoxyde d'azote dans l'atmosphère et en remplaçant le combustible d'origine fossile
  • Conserve les éléments nutritifs pour les végétaux, tels que l'azote et le phosphore, nécessaires pour obtenir une bonne productivité sur les sols
  • Produit un excellent engrais pour des cultures à partir d'un sous-produit
  • Empêche la pollution des eaux souterraines, des sols et de l'air
  • Améliore l'hygiène publique au niveau des fermes et de la chaîne alimentaire
  • Peut être adapté pour produire de l' hydrogène directement ou à partir du méthane

Il existe d'innombrables mises en œuvre possibles de ce système basé sur des ressources disponibles localement, comme cela a été exprimé clairement dans l'excellente présentation que George Chan a faite au centre de Kindersley [8] et décrit dans ma communication sur la ' Ferme Visionnaire version 2 ', publiée dans la revue Science in Society N° 29).

La Ferme Visionnaire version 2, depuis 2005

Kenneth Spelman, ingénieur et écologiste distingué, membre de l'Institut Royal d'urbanisme du Royaume-Uni et de autres institutions savantes, a tout de suite aimé l'idée de la ' Ferme Visionnaire version 2 ' quand je lui ai expliqué cela à perdre haleine au téléphone. Et nous nous sommes mis d'accord pour proposer un dépôt de candidature auprès d'un organisme de financement britannique : ' The Carbon Trust ' . Nous avions mal nommé notre proposition : IREFE = Integrated Reduced Emissions Food and Energy Farm , en anglais, «Ferme intégrée pour la production d'aliments et d'énergie et la réduction des émissions» [sous-entendu de gaz à effet de serre] parce que nous pensions qu'il nous fallait afficher un titre sérieux. Mais à y regarder de plus près, on se rend compte que la ' Ferme Visionnaire version 2 ' peut être non seulement qualifiée 'd'émissions réduites', mais qu'elle est plus proche de zéro- émission .

En incorporant, dans le cœur du système, d'autres énergies renouvelables , qui sont facilement disponibles, la ferme peut être une précieuses source de nourritures et d'énergie, mais sans faire appel à aucun autre carburant ou combustible fossile .

Notre dossier devait échouer, comme nous le dirent les responsables de l'organisme ' The Carbon Trust ' qui ne pouvait pas soutenir et financer une telle proposition. Après cela, j'ai amélioré la proposition et je l'ai rendue publique. L' ISIS a invité George Chan, qui est basé à l'île Maurice, pour notre premier atelier de travail sur la notion de Dream Farm , où j'ai également annoncé et lancé le concept de ' Ferme Visionnaire version 2 '. J'ai voulu que chacun puisse prendre connaissance du sujet et soit en mesure de mettre en œuvre, de manière appropriée, de telles fermes similaires partout à travers le monde.

George avait soutenu notre projet ; il avait partagé ses connaissances et sa sagesse, reconnues à travers tout un réseau d'admirateurs et avait répondu ensuite à toutes sortes de questions techniques. Il a par la suite accepté de nous rejoindre pour le lancement du rapport Which Energy? [9], à l'occasion du colloque organisé par ISIS, puis à la présentation au Parlement Britannique [10] ( Which Energy? Gets High Praise At Launch ) . Il intervint par la suite à l'occasion du second atelier de travail sur cette notion de Dream Farm en mai 2006. Merci George, de la part de nous tous qui travaillons sous l'égide de ISIS , pour votre appui qui nous a permis, avec notre enthousiasme actuel, de concevoir notre projet de ' Ferme Visionnaire version 2 ' et cela est crucial pour son succès à venir. Votre encouragement attire également des personnes de premier plan, - au sein d'un mouvement qui est maintenant mondial - et qui ont comme objectif de mettre en œuvre de telles fermes.

Notre reconnaissance et nos remerciements vont également dus à Peter Rae qui proposa de se porter volontaire pour organiser les second et troisième ateliers de travail sur la ' Ferme Visionnaire version 2 ' (les 27 mai et 15-16 juillet 2006). Egalement à Chris Maltin de l'organisation Organic Power , qui nous a permis d'accueillir généreusement ces deux ateliers, ainsi qu'à David Saunders qui assuré la communication et la publicité pour ce programme. Beaucoup de suggestions, d'idées et de contacts utiles ont émané de ces ateliers.

La ' Ferme Visionnaire version 2 ' proprement dite est une mise en œuvre et une extension particulières du concept d' IFWMS de George Chan, parce qu'elle intègre consciemment la fourniture d'aliments et la production énergétique, en mettant l'accent sur leur consommation commune sur le lieu même de leur réalisation.

Lorsqu'elle fonctionnera comme une unité de production agricole, elle servira également de lieu de démonstration, de centre de formation et de recherches, ainsi que comme un incubateur pour de nouvelles idées, conceptions et technologies.

Son but est de promouvoir et de soutenir des réalisations similaires qui peuvent prendre naissance partout, en Grande-Bretagne et dans le reste du monde, non seulement par la publicité portant sur la ' Ferme Visionnaire version 2 ' par elle-même, mais également en collectant et en analysant des données de toutes les installations semblables, en agissant en tant que centre de ressources et de base documentaire pour l'échange des informations (voir l'encadré 2).

Boîte 2

Avantages de la Ferme Visionnaire version II

  1. Assemble dans un système toutes les technologies appropriées qui peuvent fournir une alimentation, de l'énergie et une économie sans émissions de carbone
  2. Produit sa propre énergie pour le chauffage et l'électricité, y compris le carburant propre pour les transports
  3. L'utilisation d'énergie au niveau local de sa production, permet une production combinée de chaleur et d'électricité : cela améliore l'efficacité à 70 pour cent
  4. Fonctionne complètement sans faire appel aux combustibles fossiles
  5. Économise de manière substantielle l es émissions de gaz carbonique, empêche le méthane et le protoxyde d'azote de s'échapper, remplace les combustibles fossiles et améliore l'efficacité énergétique
  6. Augmente la séquestration du carbone dans le sol et maintient la biomasse
  7. Réduit grandement les pertes d'éléments chimiques et la pollution environnementale
  8. Préserve et purifie les eaux ; réduit les risques d'inondation
  9. Assure une production abondante et une grande diversité de végétaux, de bétails et de poissons
  10. Elabore des produits frais et de bonne qualité nutritionnelle, sans résidus de produits agrochimiques et qui sont consommés localement : tout cela représente un avantage sanitaire maximum
  11. Fournit des gisements et des offres d'emploi pour les populations locales
  12. Présente une vitrine et un incubateur sur la façon dont de nouvelles énergies renouvelables et des technologies alimentaires appropriées sont mises en application
  13. Offre des opportunités pour des actions éducatives et de formation, ainsi que des recherches appliquées, destinées à tous les niveaux : des enfants en bas âge aux étudiants d'université et, au-delà à des professionnels et aux populations
  14. Encourage et favorise des initiatives similaires, de Fermes Visionnaires, au Royaume-Uni et partout dans le monde

J'ai mis à jour le diagramme du modèle complet de la 'Ferme Visionnaire version II' sur le schéma 3 , ci-après, qui sera mis en application sur un emplacement ad hoc qui est maintenant à l'étude.

Le diagramme est codé avec des couleurs pour souligner les composants principaux : le rose est l'énergie, le vert est la nourriture, le bleu est la purification de l'eau et sa préservation, le noir se rapporte aux déchets dans le bon sens du terme : ils sont rapidement transformés en ressources pour produire de l'énergie ou des aliments. Le pourpre désigne un laboratoire d'analyse installé sur le site et qui peut établir des relations avec beaucoup d'autres laboratoires. Nous voulons être en mesure de pouvoir effectuer sur place des analyses des eaux, des gaz et des sols, afin de surveiller comment le système fonctionne. La modélisation et les prévisions seront aussi assurées localement.

Schéma 3 : la ' Ferme Visionnaire version 2 '

Puisque c'est un système biologique dans le sens que je l'ai décrit plus haut, nous ne sommes pas obligés de disposer de tous éléments d'un seul coup. Nous pouvons envisager un système très simple comprenant un digesteur à biogaz, du bétail, des plantes cultivées, des bassins pour les algues sans poisons, car cela suffit déjà à assurer la purification des eaux et à boucler le cycle. Les algues peuvent être employées pour alimenter le bétail, comme alternative aux graines ou, encore mieux, aux tourteaux de soja.

Les installations aquatiques peuvent être rajoutées plus tard, ainsi que les activités piscicoles et les cultures établies sur les digues tout autour des bassins. Un met chinois comme les pousses de saule sautées avec des amandes et de l'huile de sésame, ça vous dit quelque chose ?

Il est relativement facile et bon marché d'installer des équipements pour l'utilisation de l'énergie solaire et des éoliennes convenablement calibrées, de même que de petites centrales micro-hydrauliques , quand cela s'y prête, pour générer de l'électricité.

La production combinée de chaleur et d'électricité est bien documentée. La purification et la compression du méthane pour alimenter des automobiles sont déjà en service, comme Chris Maltin l'a démontré [11] (voir l'article ' Organic Waste-Powered Cars ', dans la revue Science in Society N°30 ).

Tous ces récupérations d' énergies renouvelables fourniraient assez de carburant pour mouvoir les voitures et les machines agricoles, reconfigurées mécaniquement pour rouler au gaz naturel, ainsi que de la chaleur qui permettrait de faire plus d' aquaculture à l'aide de bassins à poissons réchauffés, à partir desquels on pourraient installer une récupération des eaux en vue de leur purification, là encore, en faisant appel à des techniques déjà bien éprouvées.

De la même façon, nous pouvons augmenter les productions de la ferme avec des élevages de volailles et des cultures de champignons, ainsi que bon nombre de fruits et de légumes frais, avec l'idée de récupérer la biodiversité locale chez les plantes cultivées et les espèces animales. Et, bien entendu, nous prévoyons un restaurant gastronomique sur le site pour faire la meilleure utilisation possible des produits biologiques frais.

Des technologies plus innovantes et encore au stade de projets de développement, peuvent y être ajoutées et perfectionnées, dès lors que la ferme est en marche et productive . Citons à titre d'exemple : la production d' hydrogène directement à partir des déchets [12] (voir l'article ' Bug Power ', dans la revue Science in Society N° 27), [La version en français s'intitule ' Energie : Le pouvoir étonnant de certaines bactéries ' ; elle est accessible sur ce site : www.i-sis.org.uk/pdf/bugpowerFR.pdf

La production d'hydrogène est également possible à partir du méthane : des équipements pour la production combinée de chaleur et d'électricité, la conversion du méthane en hydrogène, et l'utilisation des algues vertes pour séquestrer ou capturer le carbone ! ' Green Algae for Carbon Capture ' [13]. [La version en français de cette dernière étude est intitulée ' Energie - Des algues vertes utilisables pour la séquestration du carbone et pour la production de biocarburant ' ; elle est accessible à partir de ce site : yonne.lautre.net/article.php3?id_article=1877 .

A noter que [dans le schéma 3 ci-dessus], trois digesteurs à biogaz sont présents, reliés tous les deux en parallèle et en série. Ceci est recommandé parce ce montage laisse une possibilité de rechange au cas où l'un d'entre eux ne fonctionnerait pas correctement. Il prévoit également la production d'hydrogène et de méthane dans un procédé à deux étapes successives de digestion par fermentation en anaérobiose . Je propose également que nous incluions les excréments humains des toilettes dans le procédé de digestion à biogaz, ainsi que les déchets domestiques du restaurant.

Si nous établissons cette ferme en tant qu'institut de recherche et que nous n'exportons jamais aucun déchet vers l'extérieur, nous pourrions éventuellement être en mesure d'échapper aux obstacles imposés par la normalisation et la réglementation auxquelles on est obligé de se soumettre actuellement.

Et peut-être serions-nous même en situation d'amener l'organisme concerné, le DEFRA (Département de l'environnement, de l'alimentation et des affaires rurales en Grande-Bretagne) à adapter et à modifier ces textes en vigueur pour de telles installations nouvelles [en milieu rural].

C'est pourquoi nous avons besoin des équipements de laboratoire à des fins d'analyses, de fournir des données pour démontrer comment sont obtenues la bonne qualité des eaux, la merveilleuse détoxication et la suppression des microbes pathogènes nocifs après des digestions en anaérobiose et en aérobiose.

Le digesteur à biogaz « quatre en un »

Il existe sur Internet un article [14] qui se rapporte à un projet situé dans le nord-ouest de la province de Yunnan en Chine méridionale et qui couvre 69.000 kilomètres carrés (soit approximativement la superficie de l'Irlande), avec de hautes montagnes, des gorges profondes et un forêt indigène primitive qui recèle une partie des espèces végétales et animales qui sont parmi les plus menacées dans le monde.

Ce secteur géographique comprend également les gradins supérieurs des très grands et importants fleuves que sont le Yantze, le Mékong, le Salween et l'Irrawaddy ; c'est sur ces contreforts que que vivent plusieurs millions d'habitants.

Une population d'environ 3,2 millions est établie dans cette contrée qui regroupe au total 15 groupes ethniques distincts. Les principales menaces qui planent cette région sont d'ordre écologique : elles résultent de l'abattage des arbres et de la déforestation, principalement et la plupart du temps pour satisfaire les besoins en bois de chauffage ; elle proviennent également des activités touristiques intensives, d'un mauvais prélèvements et de l'usage inconsidéré des plantes et des animaux, ainsi que d'un pâturage excessif des animaux dans les prairies.

La branche chinoise de l'Organisation internationale pour la conservation, ou The Nature Conservancy , a contribué à mettre sur pied un programme de développement rural des entreprises concernées par l'énergie, le China Rural Energy Enterprise Development Programme .

Cette structure travaille avec les entrepreneurs locaux pour développer des sociétés qui fabriquent, mettent en marche et assurent l'installation de poêles économes et efficaces en terme de consommation de combustibles, la fabrication de briquettes de combustibles faites à partir des déchets des récoltes et un ensemble de technologies qui comprennent des digesteurs à biogaz dits 'quatre en un', des chauffe-eau solaires, des cuiseurs solaires et des usines de micro-hydraulique pour générer de l'électricité.

Cette production de biogaz est assurée en faisant appel au dispositif baptisé 'quatre en un', qui incorpore simultanément un digesteur à biogaz enterré, une serre chaude pour la culture des légumes, une porcherie et des latrines. Le toit de couverture du digesteur est situé tout près de la porcherie et des latrines.

La serre chaude recouvre également ce dispositif et elle permet de bénéficier de la chaleur qui vient ainsi accélérer le procédé de fermentation dans le digesteur. Les excrétions humaines tombent directement des latrines dans le digesteur et une pelle est utilisée pour introduire les déchets des porcs dans le digesteur.

Le digesteur à biogaz est construit avec du béton et il a une capacité de six à huit mètres cubes. Ceci est suffisant pour satisfaire la plupart des besoins pour la cuisson des aliments et de l'éclairage des ménages qui vivent là, excepté quand il fait trop froid. Le prix de revient d'un système 'quatre en un' varie de 250 à 800 $ étatsuniens, selon la taille de la serre chaude.

Le défi qui nous est proposé

Partant du concept de la 'Ferme Visionnaire version 2', le défi qui est maintenant posé est d'en faire une réalité, d'incarner ce projet à partir du squelette un peu sec de ce diagramme. Nous pourrons ainsi commencer à le construire pour de bon, lorsque l'emplacement aura été déniché et accepté. Attelons-nous à trouver cet espace .

Cet article est basé sur la présentation faite lors l'atelier de travail qui portait sur la ' Ferme Visionnaire version 2 ' , qui s'est tenu les 15 au 16 juillet 2006, sur la ferme de Gould, à Wincanton, au Royaume-Uni.

Article first published 24/07/06


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